Dossier
L’État sur la paille…
Engagé par l’État et soutenu par la Région, le plan de modernisation des bâtiments d’élevage a été victime de son succès en Auvergne. Pour les éleveurs qui ont investi et engagé les travaux, l’addition est plus salée que prévu !
« Nos anciens travaillaient trop bien… Ils ont construit des bâtiments trop solides… Du coup, pendant longtemps, les travaux de modernisation n’ont pas été engagés… » L’auteur de cette confidence n’est autre que Julien Fau, le président des Jeunes agriculteurs dans le Cantal. Car cet hommage aux générations précédentes a un prix. En 2004, l’État lance un plan de modernisation des bâtiments d’élevage et étend ce dispositif aux laitiers. La bonne nouvelle était attendue depuis longtemps, en particulier dans les zones de montagne. Le plan est accompagné par la Région et, dès que leur dossier est approuvé, les éleveurs se lancent dans les travaux, encouragés par des subventions atteignant 45 %.
Rapidement, les piles de dossiers s’entassent sur les bureaux des Directions départementales de l’agriculture. Pour faire face, l’État grignote les enveloppes budgétaires de l’année suivante. Mais cette fuite en avant ne fera que retarder les échéances : en septembre dernier, le plan de modernisation des bâtiments d’élevage est dans l’impasse, avec une file d’attente de quelque 1 000 dossiers. Pour les agriculteurs, c’est la catastrophe, d’autant que la plupart ont déjà engagé les travaux. Afin d’honorer les engagements, il faut trouver 34 M€ ! Le ministre de l’Agriculture parvient à en dégager 11, là encore en entamant une partie des crédits prévus pour 2008.
La Région n'abandonne pas le fourrage
L’effort est louable, mais demeure donc insuffisant. L’État choisit alors d’abandonner les bâtiments de stockage de fourrage. Ils ne seront plus subventionnés. Pour le Conseil régional, dont les subventions étaient jusqu’à présent adossées aux aides de l’État, ce revirement pose problème. « Nous considérons que le stockage de fourrage est une nécessité dans notre région d’élevage », résume Élisabeth Thévenon-Durantin, vice présidente en charge de l’agriculture à la Région. Elle se souvient de la sécheresse de 2003 aux graves conséquences pour les éleveurs. Et considère que la présence de tels bâtiments permet d’éviter des achats extérieurs en masse. La Région va, par conséquent, porter son effort en direction de ces travaux, garantissant des subventions à hauteur de 15 %. Certes, on est loin de ce qui était prévu dans le plan initial : la collectivité régionale ne peut à elle seule prendre le relais et supporter en totalité le désengagement de l’État.
Dans les faits, cette nouvelle répartition entre État et Région a encore du mal à répondre aux besoins réels des agriculteurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de se rendre dans le Cantal, à Leynhac, en pleine Châtaigneraie. C’est ici que travaille la famille Lacoste. Gilles et Jacqueline exploitent 70 hectares. Depuis l’installation de Gilles en 2000, la production laitière a grimpé de 140 000 litres. Convaincus de la nécessité de moderniser leur exploitation et dans le cadre de l’installation de Jacqueline, mais aussi du nouveau cahier des charges AOC Cantal, ils optent pour un séchage en grange solaire aménagée dans le bâtiment d’élevage. Cet investissement (griffe, ventilateur, capteur solaire pour récupérer l’air chaud, cellules et caillebotis) permet de produire un foin ventilé de qualité. D’après l’Étude prévisionnelle à l’installation, le projet est réalisable avec une aide évaluée à 45 % (État + Région). Sur ces bases, ils déposent un dossier de subvention auprès de la DDAF du Cantal. Après accord pour démarrer les travaux, ils se lancent.
Cet investissement de 100 000 € répond parfaitement au respect de l’environnement : suppression des ensilages et économies d’énergie. Les conditions de travail sont considérablement améliorées. Depuis la nacelle, le foin est prélevé mécaniquement dans les cellules où il a séché. Les bêtes suivent le petit manège, sachant parfaitement que la mise en route de la nacelle annonce l’heure du déjeuner. Avec ce système, l’alimentation des vaches s’effectue en 5 minutes. À terme, le couple Lacoste veut poursuivre cette stratégie de développement avec un atelier de transformation.
D'une pile à l'autre
Seulement voilà… tout ne se passe pas comme prévu ! Coincé dans la file d’attente parmi les 1 000 dossiers en souffrance, le leur a été tout bonnement reclassé. « Dès que la Direction départementale a vu que le mot fourrage figurait dans notre projet, elle l’a validé en tant que bâtiment de stockage et non en tant que bâtiment d’élevage. » Et d’une pile à l’autre, les aides ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Dans l’une, 45 % de subventions. Dans l’autre, rien. Finalement, le choix de la Région de ne pas abandonner ce secteur pourrait déboucher sur une subvention de 15 %. Mais on est toujours loin du compte. « Franchement, si l’on nous avait dit que les règles du jeu allaient être changées à ce point, on ne se serait jamais lancés dans ce projet, disent-ils, amers. C’est un choc, d’abord pour la trésorerie. Oui, c’est la douche froide. On se dit qu’on est dans la bonne démarche, que cet investissement a sa raison d’être et on a le sentiment de ne pas être soutenus. »
Gilles et Jacqueline espèrent encore que la DDAF va réexaminer leur cas. Leurs demandes ne reçoivent, pour l’heure, aucune réponse !
7, 2008
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