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Robert Aït Braham, juge arbitre aux J.O. de Pékin

« En gréco-romaine, notre équipe peut décrocher deux médailles… »

Robert Aït Braham ira à Pékin. Juge-arbitre, le Clermontois est accroc aux compétitions.

Dans le petit monde de l’olympisme auvergnat, tout le monde se connaît. Rien d’étonnant si Robert Aït Braham aura pénétré ce petit cercle grâce à quelqu’un qui y était déjà : « C’est le coureur de haies Marcel Duriez qui m’a repéré le premier à l’école et m’a conseillé de faire de la lutte ».

Jusque là, pour Robert Ait Braham, la lutte c’était juste le souvenir d’un combat à l’ASM que son père l’avait emmené voir à 5 ans, et quelques autres à l’école, parce qu’il y a toujours eu à Clermont-Ferrand une forte tradition de lutte.

Aux côtés des gloires locales

Aussi, quand Robert rentre à l’ASM en 1966, il se retrouve  entouré de gloires locales : René Aurine, président du comité d’Auvergne de lutte, Edmond Leclanché, arbitre international, Roger Fayolle, également arbitre international et qui deviendra son maître, André Zoete qui va s’occuper de sa formation… « On avait un encadrement vraiment extraordinaire, et aux entraînements, il n’y avait que des champions de France sur le tapis ».

Aujourd’hui encore, Robert Aït Braham s’interroge sur cette concentration de talents en Auvergne : « Est-ce du au tempérament ouvrier, travailleur, de cette ville, au climat rude, à la résistance contre l’occupant, contre l’injustice ? Je ne sais pas, mais au comité de lutte, on est héritiers de cette histoire et on n’a pas le droit d’en rester là ! » Heureusement, la relève est là : 20 clubs en Auvergne et 900 adhérents. La lutte se porte bien !

Sale blessure

Quant à lui, avec trois olympiades à son actif et une quatrième cet été, il porte haut le flambeau auvergnat même si son histoire aura suivi un parcours sinueux.
Au début, le chemin semble tracé : le jeune homme devient rapidement international et se retrouve pré-sélectionné pour les jeux de Munich en 1972. Mais une sale blessure au cours d’un combat l’empêche d’aller plus loin et l’éloigne de la compétition pendant deux ans.
Les rêves de J.O. s’éloignent mais l’amour de la lutte reste intact : il sera entraîneur à Vertaizon et au Stade clermontois où René Fayolle, un des meilleurs arbitres de lutte du monde, lui met le pied à l’étrier.

Barcelone, Atlanta, Athènes puis Pékin

Après avoir formé quelques jeunes champions, le voilà sur la route de l’arbitrage avec, toujours, des exemples hors pairs qui le conduisent en 1992 à une sélection pour Barcelone. « L’arbitrage est une discipline plus exigeante qu’on ne l’imagine. C’est un ménage à trois entre l’arbitre, le juge, le chef de tapis où la moindre erreur coûte très cher : tous les arbitres de niveau 1 (l’élite) sont notés, évalués à chaque compétition internationale : à Pékin, nous ne serons que deux Français ! »
Une discipline qui exige aussi la complicité de sa famille… et de son employeur : « J’ai la chance d’avoir une femme très compréhensive qui comprend que parfois, mes vacances se passent… sur les terrains du monde entier. » Quant à son employeur, la Mairie de Clermont-Ferrand, il lui permet certaines disponibilités… « même s’il faut parfois jongler un peu ».

Un environnement plutôt favorable au bout du compte, qui lui permet de réussir son baptême du feu barcelonais. Deux autres olympiades, à Atlanta en 1996 et Athènes en 2004.
L’occasion de constater pour Robert que si le grand public n’a d’yeux que pour les performances des champions, la compétition est au moins aussi redoutable entre les arbitres. « Il y a plus de candidats que d’élus ! »

Le haut-niveau, une drogue

Pour Pékin, la sélection a ainsi débuté dès 2007 , lors des championnats du monde de Bakou. Suivra en décembre 2007 un stage international à Orlando où les candidats sont évalués par écrit. Des épreuves vidéo sont également organisées, ainsi que des tests en anglais. Les rescapés se retrouvent ensuite en avril 2008 à Tampere en Finlande où les championnats d’Europe servent d’ultime sélection : « C’était terrible. Pendant 8 jours, le stress était énorme. A la moindre erreur, on savait que c’était fini ! La tension était encore plus forte que pendant les J.O ! » Une épreuve que réussira pourtant Robert pour qui « le haut-niveau est une sorte de drogue. Une compétition en amène une autre. C’est un challenge permanent qu’on ne souhaite jamais quitter ».

Et pour Robert Aït Braham, c’est aussi une fenêtre sur le monde. Combien de pays visités au cours de ces 20 dernières années ? Il ne les compte plus ! Certains souvenirs remontent pourtant immédiatement à la surface, comme ces  championnats du monde en Iran : « Là-bas, la lutte est un sport national. J’y ai arbitré la finale Iran – USA devant une salle comble de 18.000 personnes. Le lendemain dans Téhéran, les gens me reconnaissaient dans la rue et s’arrêtaient pour discuter ! C’est quelque chose d’inoubliable. »

Iraniens, Russes, Chinois et Auvergnats

« Il y a aussi eu l’Ossétie, où j’ai cru me retrouver au Moyen Age, New Delhi et sa misère qui ne peut laisser personne indifférent et nous force à relativiser certaines choses, et surtout Oulan-Bator en Mongolie, pour le championnat du monde universitaire 2005 ! »

Et maintenant, la Chine ! Robert Aït Braham en a eu un aperçu lors des championnats du monde de Canton en 2007 : « On se serait cru à New York ! J’ai trouvé la Chine… bien éveillée ! » Et d’espérer que les Auvergnats le seront aussi : « On a de grandes chances en greco-romaine. Une belle équipe qui peut espérer deux médailles… Mais il y aura aussi les Russes, les Biélorusses, Turcs, Iraniens, Géorgiens… sans compter l’inconnue chinoise… » Tous en tous cas risquent de retrouver Robert Ait Braham sur leur passage : à qui que soit attribué le titre, à sa manière, il y aura participé !

9, 2008
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