Rose-Marie Nicolas
L’art de vivre à Brioude
Comme tous ceux qui ont connu le déracinement, le parcours de Rose-Marie Nicolas, de Porto à Brioude, n’a pas toujours été facile. Aujourd’hui, elle dirige une galerie d’art et voudrait désenclaver les esprits.
" Au Portugal, je suis devenue étrangère ; en Auvergne, je l’ai été pendant des années ; avec la construction européenne, j’ai retrouvé une patrie. Mon pays… c’est l’Europe. » Et désormais pour Rose-Marie Nicolas, l’Europe, le « centre du monde », c’est Brioude…
Elle a 5 ans quand ses parents quittent Porto pour l’Auvergne. Une famille parmi tant d’autres composant cette longue vague d’émigration qui a fait des Portugais la plus importante communauté étrangère dans notre région. Leur intégration, aujourd’hui si naturelle, est à l’époque lente et difficile. Rose-Marie Nicolas vit son adolescence entre le Portugal (ah…l’incontournable retour au pays en août) et l’Auvergne, où elle doit faire face au rejet de ses camarades de classe. « Après le bac, j’avais même envisagé de retourner au Portugal : il y a quarante ans, ce n’était vraiment pas évident de trouver sa place en Auvergne », se souvient-elle.
Et puis tout s’enchaîne : le mariage avec Daniel, un jeune homme « bien d’ici », puis la naissance de son fils et, enfin, une vie professionnelle intense, dans l’entreprise familiale de transport où elle occupe le poste de directeur qualité. Ce parcours linéaire et exemplaire va cependant être bousculé par une révélation : l’art contemporain ! « À l’époque, je vivais assez mal ce nouveau déracinement, être partagée entre Paris et Brioude pour mon travail. J’ai finalement compris que la Haute-Loire était l’endroit où je voulais planter mes racines, vivre et mourir. »
Une revanche
Avec son mari, elle rachète une bâtisse du XVII siècle au centre de Brioude, rapidement transformée en galerie d’art. Elle veut faire venir l’art à la campagne, le démystifier. Les Tourelles ouvre ses portes en juin 2004, avec une librairie, une salle d’expositions permanentes et l’organisation de conférences. Ici, les styles, les signatures et les publics se mélangent. « C’est une preuve que loin de Paris, dans une ville de 8 500 habitants, un projet artistique peut être concrétisé », commente Rose-Marie Nicolas, pas peu fière d’avoir contribué au désenclavement des esprits par l’art. Assurément, elle tient sa revanche, devenant au passage une fervente ambassadrice de l’Auvergne, vantant « la fidélité et la fiabilité des gens, sains comme le pays ».
29, 2005
Rose-Marie Nicholas
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