Dossier
Vu des Côtes-d’Armor
« Ça aurait pu être le Cantal... »
Dans les Côtes-d’Armor, l’exode rural n’est plus qu’un mauvais souvenir. Recettes à la mode bretonne.
«Cela aurait pu être le Cantal ou le Loir-et-Cher… » Finalement, c’est en regardant la chaîne câblée Demain ! que Francine Massie et Isabelle Micaleff décideront, en 2002, de laisser Montreuil et de mettre le cap sur la Bretagne. Elles font escale à la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Brieuc, visitent des « affaires sympas, d’autres tellement déprimantes, d’autres trop chères… » À Plédéliac, elles tombent sur un bar-tabac-restaurant ouvrier. L’aventure de Coupd’tabac commence. « Ce qui compte, c’est de ne pas arriver avec des idées préconçues et un projet tout ficelé », explique Francine Massie. Bien décidées à ne pas sombrer dans la dépression « en servant les petits rosés “triquotidiens” », elles multiplient les initiatives : « On a abandonné les galettes à emporter et on s’est recentrées sur nos savoir-faire :des cours de français pour les résidents anglais qui vivent ici, des tournois de dames, des concerts de jazz, des rallyes de motos, des débats thématiques sur l’histoire du droit du travail… » Constatant la profusion de groupes de musiciens en quête de scènes et… la profusion de bistrots bretons en mal d’artistes, elles lancent, en janvier dernier, l’idée de Chop’zic, où ces deux mondes se croisent et font affaire. Chop’zic fait un tabac et pourrait même s’exporter dans d’autres régions françaises.
En majorité des jeunes
Dans le tour de France de l’accueil en milieu rural, les Côtes-d’Armor font figure d’exemple. Pilote de cette prise de confiance, le Conseil général plaide pour un « développement endogène des territoires ». Côté résultats, les élus se frottent les mains : de 1990 à 1999, plus de 80 000 personnes ont choisi de s’installer dans ce département, dont 80 % sont des actifs et 43 % ont moins de 30 ans. On est loin du cliché du retraité qui revient au pays ! Et sur la seule année 2005, 5700 foyers nouveaux ont été recensés dans ce département, contre 3 200 départs. Dans un premier temps, le Conseil général a mis sur pied un service chargé de l’accueil des porteurs de projet. Ensuite, il a intégré le domaine de la communication pour impliquer les habitants dans cette démarche. Depuis, il ne cesse de mettre en avant la qualité de vie costarmoricaine, riche de 10 000 associations, 225 écoles de danse et plus de 70 écoles de musique. Signe des temps :il y a deux ans, les acteurs de l’installation en milieu rural ont organisé à Saint-Brieuc les rencontres professionnelles Campagnes en mouvement.
Raz-de-marée
Cet engagement des élus locaux a été décisif dans le parcours d’Éric Mariette. Ce metteur en scène a choisi de s’installer avec femme et enfants à Pommerit-le-Vicomte : « L’adjoint à la culture nous a ouvert les bras. Ce fut un vrai choc au regard du parcours du combattant qu’il faut entreprendre en Ile-de-France pour espérer rencontrer un élu. » Quelques mois après son arrivée, sa compagnie théâtrale signe une convention avec le Conseil général. Mais sa plus grande surprise reste le succès de la journée portes ouvertes qu’il organise à la demande de la mairie en 2000. « Ce fut un raz-de-marée et à la fin de la journée, une cinquantaine d’habitants nous ont demandé de créer immédiatement des ateliers théâtre. Ce n’était pas prévu au programme, mais nous avons relevé le défi.» Cette lune de miel a, comme toute médaille, son revers. « Quand nous avons dû nous consacrer pleinement à notre travail de création, beaucoup se sont sentis abandonnés, presque trahis. Et cette proximité a aussi son lot d’inconvénients. Il faut se soumettre au regard des autres et à leur jugement. De la même manière, si nous avons la chance de bénéficier du soutien très actif des collectivités locales, il faut éviter de tomber dans les travers de la récupération politique. Or, il n’est pas toujours simple d’expliquer à des élus que le fait de recevoir une subvention ne crée aucun lien de dépendance. » Des préoccupations somme toute universelles, que l’on vive sous le crachin breton (avec l’apparition quotidienne du soleil assure un dicton local…) ou sous le soleil auvergnat (et ses orages continentaux…) !
1, 2006
C'est en regardant la télévision que Francine Massie et Isabelle Micaleff ont opté pour les Côtes-d'Armor, un département qui , en 2005, a recensé l'arrivée de 5700 foyers nouveaux
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