Dossier
Télétravailleuses, télétravailleurs…
Des centres pour les télétravailleurs du Cantal
Les technologies redéfinissent le cadre de travail. À Murat, dans le Cantal, un télécentre a vu le jour. Histoire de ne pas laisser les télétravailleurs livrés à eux-mêmes.
Les villes sont engorgées, les lieux de travail, souvent éloignés des habitations et, sur le chemin, trafic, pollution et stress nous gâchent la vie. Mais le télétravail, qui devait nous libérer de ces contraintes, peine à émerger en France, où il plafonne à 7 % de l’activité totale, contre 30 % aux États-Unis et 20 % en Scandinavie. « Il semble que l’employeur français ne fait pas confiance au salarié, qu’il préfère l’avoir sous la main, explique Fabien Miedzianowski, directeur des systèmes d’information au Conseil général du Cantal. Et d’un autre côté, le travail à la maison peut poser un problème de désocialisation. Certains finissent par travailler en pyjama… »
Le télétravail est pourtant une idée à laquelle croient les pouvoirs publics. L’État a même lancé un appel à projet, auquel a répondu le Cantal, afin de mettre en place des télécentres. Ce sont des locaux pourvus de matériel informatique performant et de liaison numérique haut débit, avec parking et salles de réunion. « En fréquentant un télécentre, explique Fabien Miedzianowski, le télétravailleur sort de chez lui pour se rendre dans un lieu de travail qu’aura éventuellement validé son employeur et où il côtoie d’autres télétravailleurs. Dans chacun d’eux, on trouve ainsi quatre postes de travail partagés, car le télétravailleur peut n’y venir qu’à temps partiel et travailler ailleurs le reste du temps. Une personne animant le local est là pour lui permettre de réserver son poste à l’avance. »
Lever les obstacles
Pour faire exister le projet, les télétravailleurs répertoriés localement ont été démarchés. Tout comme ont été sollicités des demandeurs d’emplois désireux de s’installer comme travailleurs indépendants. Pour le télécentre de Murat, logé dans la Maison des services, une quinzaine de candidats ont déjà bénéficié d’une formation. Yann Kervran était directeur de la rédaction dans une société d’édition à Apte. « Depuis tout petit, je rêvais de venir vivre en Auvergne », explique ce passionné d’histoire qui produit en ce moment des ouvrages d’architecture militaire. Il comptait travailler chez lui, mais sa ligne téléphonique n’était pas éligible au haut débit. Alors, en attendant qu’elle le soit, le télécentre le dépanne. « C’est très confortable. En plus, c’est gratuit. Arrivant de Provence, où l’on ne pense qu’à vous “traire”, j’ai halluciné. »
Selon les circonstances, Carima Houd est parfois la voisine de bureau de Yann Kervran. Cette jeune femme était secrétaire pour un ambulancier qui a cessé son activité. Elle a décidé de créer sa propre entreprise. Handicapée moteur, elle compte sur la formule du télétravail pour lever les obstacles liés aux déplacements.
Un télécentre a également ouvert ses portes à Chaudes-Aigues, l’idée étant que les personnes en séjour dans cette ville touristique puissent y travailler. À terme, le Cantal comptera sept télécentres. Restera à vérifier comment cette nouvelle forme d’activité professionnelle permettra de préserver les droits de ces salariés éloignés de la communauté du travail et… de l’information syndicale.
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