Retour accueil Auvergne.info

Dossier

Nouvelles technologies

La fin de la fracture numérique

Arrivée du haut débit dans les villages, développement de l’e-administration, généralisation des Points Visio Publics : les nouvelles technologies dessinent un autre aménagement du territoire en Auvergne... avec son cortège de nouveaux comportements.

«Au début, c’était sympa l’Internet, même en bas débit. Les sites étaient adaptés : peu de photos, pas de son. Mais ça s’est vite gâté... » Lorsque Pierre Puel a pris son premier abonnement, il y a une dizaine d’années, il a eu un échantillon des avantages de l’Internet. À l’époque, avec Agnès et leurs trois enfants, il venait de s’installer dans sa maison neuve en bois au Prat, l’un des nombreux hameaux situés sur la commune de Saint-Julien-du-Pinet, en Haute-Loire. C’est aussi le moment où il a pris un nouveau job, commercial pour un grand groupe d’assurance vie. Dès le début des années 90, explique-t-il, « le réseau commercial de l’entreprise a été informatisé et tout a été fait pour que l’on puisse travailler chez nous ». Mais sans liaison à haut débit à la maison, Pierre ne peut pas utiliser le dispositif tel qu’il est prévu.

La consultation des messages est l’affaire de quelques minutes pour ses collègues ; à lui, elle demande une petite organisation. « J’en ai en moyenne une trentaine par jour. Et si les gens m’ont envoyé des pièces jointes, la mise à jour peut durer deux heures. Ce que je fais, c’est que je lance la mise à jour et je vais manger. » Il a fait une croix sur la formation à distance – il n’apprendrait que la patience... –, mais il a vraiment besoin de faire des recherches sur la base de données de sa société ou des organismes sociaux. Ça rame pas mal. Et c’est plutôt cher, parce que sans ADSL, pas d’abonnement illimité. Tant que l’on ne se déconnecte pas, le compteur tourne...

Ma femme est en colère
À 500 mètres de chez Pierre, le couple Romier a emménagé il y a quelques mois avec son chien et son cochon. Ils voulaient de la place et du calme pour travailler et pour vivre. Photographes et perspectivistes, ils dessinent pour des architectes. Avant de se poser ici avec bêtes et ordinateurs, ils ont bien insisté auprès du maire pour avoir l’assurance que l’ADSL arriverait bientôt. Car ils se servent énormément d’Internet. Leurs clients aussi. « C’est délicat, explique Cécile, de dire aux gens qu’on leur envoie une image et qu’ils l’auront dans une heure. C’est trop décalé. » « Oui... c’est un peu comme si l’on n’avait pas le téléphone », ajoute Gaël pour illustrer l’incongruité de la situation.

De l’autre côté du hameau, l’entreprise Fouvet, spécialiste en charpente et construction de maisons en bois, emploie une douzaine de salariés. Ici aussi, on veut le Net à vitesse grand V, et fissa. « Il faut vivre avec son temps », dit Louis, le patron, 57 ans. « En 1972, quand je me suis mis à mon compte, se souvient-il, j’ai demandé le téléphone. Cinq ans, je l’ai attendu. J’allais appeler du café de la gare. Heureusement qu’on n’avait pas l’activité qu’on a aujourd’hui. » Il se dit un peu dépassé par la technologie, mais il a bien compris le topo : « Ca “beugue”, ça coupe, ma femme pique de grosses colères... »

Tous les gens avec lesquels il travaille utilisent Internet, clients ou collègues artisans, et les catalogues des fournisseurs sont en ligne. Son énergique épouse – la Fanfan – n’attend que le jour où elle s’épargnera le courrier et le voyage à la poste pour les relations avec l’Urssaf ou les règlements de TVA. Ils ont fait faire pour l’entreprise un site Internet, même s’ils ne le consultent pas beaucoup. Louis en rajoute en plissant les yeux : « Il est pas mal notre site, à ce qu’il paraît... »

Allitérations en P
Enfin, bientôt, tout va s’arranger, au Prat comme dans les autres hameaux de Saint-Julien-du-Pinet situés en zone blanche. Cette commune de 400 habitants vit déjà pour moitié à l’heure de l’ADSL. Début 2008, les 80 foyers qui en sont encore privés pourront s’ils le souhaitent s’y abonner. Saint-Julien-en-Pinet comptera parmi les premières communes auvergnates à bénéficier de ce que l’on appelle dans les couloirs du Conseil régional d’Auvergne le PPP, comprenez partenariat public-privé, qui mettra un terme aux zones blanches en Auvergne.

L’opération a nécessité l’intervention des pouvoirs publics. Les opérateurs existants sont tous en concurrence : leur objectif est la rentabilité. Or, pour rendre les foyers des petites communes isolées éligibles au haut débit, il faut tirer des câbles. C’est cher. Tout opérateur qui choisirait de s’en charger le ferait avec l’espoir d’un retour sur investissement lorsque des nouveaux clients afflueraient pour s’abonner. Mais nous sommes dans des localités où le client est, d’une part, rare et, d’autre part, libre de s’abonner auprès d’un autre fournisseur que celui qui a entrepris le câblage.

Dans ces conditions, aucun opérateur n’est prêt à entreprendre des travaux. Pour que tous les citoyens soient égaux devant l’accès au haut débit, la collectivité régionale a donc choisi de porter ce projet, associant les Départements à sa démarche. Ainsi, la commune de Saint-Julien-du-Pinet n’aura pas à mettre la main au portefeuille. D’ailleurs, même s’il mesure tout à fait l’impérieuse nécessité de la chose, Étienne Charbonnier, le maire depuis dix-huit ans, est formel : « On n’aurait pas eu des sous pour mettre là, je vous le dis tout de suite. »

De la fibre et des zones
« Techniquement, le PPP Auvergne Haut Débit consiste notamment en l’installation de 860 kilomètres de fibre optique à travers la région. Non seulement il sortira de l’enclavement numérique un grand nombre de foyers auvergnats, mais il améliorera également le débit de certaines des lignes déjà éligibles à l’ADSL », explique René Souchon, président du Conseil régional. Car toute amélioration du dispositif numérique améliore à terme la situation générale. Pour cette raison et parce que le monde des entreprises est très demandeur de communications numériques, la Région s’engage sur un autre chantier, celui du très haut débit (THD).

La solution technique idéale, qui consiste à remplacer le fil de cuivre par de la fibre optique jusqu’à l’usager, n’est pas envisageable financièrement pour tous les foyers auvergnats. Mais les collectivités peuvent ouvrir la voie vers le THD en soutenant ponctuellement l’installation de fibre optique. Les zones d’activités économiques sont les premières cibles. Un équipement adapté en communication numérique est d’ailleurs déjà souvent la clé de leur bonne commercialisation. Les liaisons les plus performantes ne concernent que les sociétés versées dans les nouvelles technologies, mais là encore l’amélioration du dispositif pour certains bénéficiera à tous.

Patchwork

Justement, l’augmentation des flux d’informations est un besoin généralisé du territoire. Les villages comme celui de Saint-Julien-du-Pinet sont nombreux en Auvergne à offrir à ceux qui n’en cherchent que les avantages un isolement trop radical. L’Internet est susceptible d’attirer des travailleurs à domicile dans ces bourgs, mais il rendra des services à l’ensemble de la population, et on compte même sur son entregent pour faire venir des habitants nouveaux. « Les sites des collectivités locales sont extrêmement visités, souligne Sébastien Côte, spécialiste des technologies de l’information et de la communication (Tic) à la Région. Le premier visage d’un territoire, c’est souvent son visage en ligne. Dans une démarche d’attractivité, on ne peut pas négliger cette porte d’entrée. » Certains territoires sont déjà très “branchés”, se présentant au travers de sites très élaborés.

D’autres, au contraire, ont manqué de moyens pour s’équiper. « Les usagers du Net qui se font grâce à ce média une idée de l’Auvergne peuvent penser que certaines localités sont dépourvues de tout équipement de loisirs, de tout service, alors que ce n’est évidemment pas le cas, poursuit Sébastien Côte. Le visage en ligne de l’Auvergne est un patchwork : nous pensons qu’il faut l’harmoniser. » C’est l’objet du programme Proximités, un annuaire géolocalisé qui sera proposé aux 123 intercommunalités en Auvergne. Outre les informations purement locales, Proximités bénéficie de celles qui sont collectées par la Caisse des dépôts et consignations. Soit environ 500 000 données concernant les services publics nationaux.

Cliquez à l'e-bureau d'à côté
Le principe est simple. Vous faites une recherche avec des mots-clefs, “collège et tennis” par exemple : une carte du territoire apparaît, plantée de drapeaux situant les équipements demandés. Vous pouvez ensuite obtenir des renseignements complémentaires en glissant la souris sur ces drapeaux. Les sites Internet reliés à cette plate-forme auront même bien d’autres vertus : la possibilité d’entrer en relation avec l’Administration à n’importe quel moment du jour, de la nuit ou du week-end. On parle ici d’e-administration. Encore un peu de patience et les téléformulaires seront en ligne : ils ouvriront la possibilité de remplir des formulaires chez soi et de les retourner d’un clic.

On y trouvera des services comme la fonction “événement de vie” : vous taperez “déménagement” ou “mariage” et on vous indiquera la liste des formalités à accomplir dans ces circonstances. L’outil a également vocation à devenir une ressource pour les décideurs, élus et responsables des territoires. Par ce biais, il leur sera possible de croiser les données sur les équipements publics avec des éléments démographiques de l’Insee et de mettre ainsi en évidence des besoins à venir en matière d’école ou de maison de retraite.

Bref, ce ne sont ni les informations ni les idées qui manquent. Elles attendent seulement les tuyaux qui leur permettront bientôt de circuler.

22, 2008

Retour à l'accueil Dossier

Je réagis
La fin de la fracture numérique

Gaël et Cécile Romier : l'arrivée prochaine de l'ADSL était la condition sine qua non de leur installation au Prat.

Rubriques

Portrait

Laurent François

Laurent François
L’escrimeur a décroché deux médailles aux 13èmes jeux paralympiques de Pékin.

Tous les portraits

Votre avis nous intéresse

Prochain dossier

Je réagis

Dossiers

Retrouvez les sujets qui ont fait la une de l'actualité

Tous les dossiers

Tchatez

Désormais vous pouvez poser vos questions à René Souchon à tout moment sur : www.auvergne.eu

En savoir Plus

Articles les plus commentés

Articles les plus lus

auvergne.eu, le rendez-vous de tous les points de vue sur l'Auvergne

Un portail Internet pour renouveler le lien entre le Conseil régional et les citoyens en vous donnant la parole et en rendant l’action publique plus proche de vous.

Posez directement vos questions au Président qui vous répond chaque semaine en vidéo !

Faisons bouger les lignes : la pétition pour le TGV en Auvergne
Je m'inscris Mot de passe oublié
Je m'inscris