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Laure Adler, présidente du Transfo

"L’accès à la culture reste un combat"

Si Laure Adler a accepté de prendre la présidence du Transfo, l’agence régionale culturelle, c’est que cette Auvergnate de cœur a un combat à mener. Contre les clichés, contre les logiques de réseaux… et pour la province !

Femme de lettres, Laure Adler est aussi une femme de combats. En cette fin 2006, elle a eu une actualité chargée : un automne surbooké, prix littéraires obligent et, à l’entrée de l’hiver, une rupture avec Seuil, la maison d’édition où elle avait en charge le département “Littérature générale”. Avec, dans cette tourmente, jamais très loin, l’Auvergne, ses racines,« la province ». Depuis juin 2006, Laure Adler a pris les rênes du Transfo, l’agence régionale qui entend donner un souffle nouveau à la culture en regroupant des énergies jusque-là éclatées. Un pari iconoclaste, presque dérangeant dans un univers qui veut surpasser les frontières, mais où les cloisons sont fermement dressées.

Pourquoi avez-vous accepté la présidence du Transfo ?
C’est la mission d’essayer de mettre en lumière tous les talents culturels de l’Auvergne et l’ardente nécessité de balayer des clichés sur l’Auvergne. Des clichés rances qui m’indignent et me révoltent. Par ailleurs, c’est aussi le fruit d’une rencontre. Simon Pourret m’avait contactée pour me présenter le projet. J’ai senti que ce serait un plaisir de travailler avec lui. Mais j’ai posé aussitôt deux conditions : d’une part, affirmer une indépendance totale par rapport aux politiques. D’autre part, composer un comité éditorial avec des personnalités de la région, toutes engagées pour une culture comme arme de liberté. Ces deux conditions ont été acceptées. Depuis, on s’est mis tous ensemble au travail.

Affirmer une indépendance du Transfo par rapport au monde politique alors que son organisation, et donc son existence, repose sur l’État et le Conseil régional, n’est-ce pas utopique ?
C’est indispensable ! Il faut couper les liens…

Mais vous qui avez évolué dans ces deux mondes, culturel et politique, vous connaissez bien la difficulté de l’exercice…
Les politiques n’y sont certainement pas prêts, car la culture reste, pour beaucoup d’entre eux, un alibi pour un surplus de légitimité. Mais si nous n’avons pas le courage d’assumer cette coupure, de la revendiquer et de la mettre en œuvre, alors rien ne sera possible.

Le Transfo veut “casser la logique de silos”, abattre des cloisons, faire travailler des acteurs culturels ensemble. Cela aussi, ce n’est pas un petit défi…
Ce sera long et nous devrons être opiniâtres. Nous devrons combattre une vision institutionnelle de la culture, une vision d’alliances et de réseaux clientélistes. À la place, nous devrons encourager un travail de dépliement des complémentarités. Nous y parviendrons en mettant en avant ce qui marche bien, comme le Festival du Court Métrage, mais aussi par une mise en lumière de ce qui marche et qui n’est pas su. Comme ces talents incroyables parmi les 600 groupes de rock que compte l’Auvergne. Il faut aussi insister sans cesse sur les correspondances entre le patrimonial et la création.

En suivant, avec Le Transfo, la création et la diffusion culturelle en région, n’est-ce pas aussi pour vous l’occasion de revendiquer une certaine distance avec Paris ?
Culturellement, Paris est une salle d’écho, de répétition ou de confirmation de ce qui se fait en province. Les grosses institutions culturelles que sont l’Odéon ou le Châtelet ne font venir que des artistes confirmés. Je les adore tous. Mais l’audace vient de la province, de ces friches qui entourent les grandes villes de province. C’est une réalité qui ne fait que se confirmer depuis cinq ou six ans. La province… J’aime ce mot. Et dire que certains le trouvent désuet !

Dans des régions comme l’Auvergne, confrontées à une certaine hémorragie démographique, au départ de nombreux jeunes, la culture peut-elle devenir un levier pour un nouvel aménagement du territoire ?
Sur ces questions-là, la culture ne joue qu’à la marge.On ne fixe pas des jeunes sur un territoire avec des propositions culturelles. En revanche, l’accès de tous à la culture reste un combat. Et un combat qu’il faut mener. La communauté de la culture pour tous doit engager une réflexion sur ce qu’apportent les nouvelles technologies. Avec Internet, des événements culturels forts peuvent trouver un rayonnement sur tout le territoire. En ayant conscience, du fait de son relatif enclavement, qu’Internet allait bouleverser les rapports humains, les paysages, les échanges, l’Auvergne a pris la mesure de cette révolution. Car c’est une révolution.


Des projets dans les tuyaux…
Quelle est l’actualité du Transfo ? En 2007, il devrait publier un état des lieux sur les musiques actuelles en Auvergne. « Nous menons également une étude sur l’utilisation des lieux culturels en Auvergne, explique Simon Pourret,le directeur du Transfo,convaincu que certaines salles restent sous-utilisées. "Tout le monde sait construire des salles de spectacles, mais il est plus difficile de conduire une politique de programmation sur la durée.» À terme, l’étude pourrait servir à délaisser une logique de béton pour privilégier les cohérences et, là encore, une mise en réseau d’équipements. Également dans les tuyaux : permettre la création d’un festival itinérant dans le grand sud de la France qui valoriserait nos compagnies théâtrales. Cette stratégie semble préférable à l’hyperconcentration de spectacles à Avignon,qui souffre,selon Simon Pourret, « d’une vision centralisée du théâtre ». Dernier exemple : Le Transfo poursuivra la mise en réseau des libraires, en favorisant l’informatisation de leurs fonds et en développant des actions de formation. Le Transfo établit les connexions.
Lancé en juillet dernier par la Région Auvergne et l’État, le Transfo rassemble des forces jusqu’alors dispersées. Son objectif : soutenir plus efficacement le développement culturel et le rayonnement de l’Auvergne à l’extérieur, grâce à cette mutualisation d’énergies. Le Transfo regroupe cinq agences régionales : le Centre InfoRock Auvergne, le Centre régional du livre, Auvergne Musique et Danse, Athéna et le Centre d’art polyphonique d’Auvergne.

Laure Adler, portrait d’une présidente.
Journaliste, Laure Adler a notamment animé les émissions culturelles Le cercle de minuit, sur France 2, et Permis de penser, sur Arte. En 1999, elle devient directrice de France Culture. Avant de rejoindre Le Seuil. On lui doit plusieurs ouvrages, dont une biographie de Marguerite Duras en 1998. Plus récemment, elle a signé la préface de l’édition française de l’ouvrage de Stefan Bollmann, Les femmes qui lisent sont dangereuses…

Un comité pour phosphorer…
Comment, à côté d’une logique institutionnelle, encourager le bouillonnement des idées ? La réponse s’est traduite par la création,aux côtés du Transfo, d’un comité éditorial informel, sorte de boîte à idées. On y retrouve, entre autres, le critique littéraire Daniel Martin, le directeur de la Coopérative de Mai, Didier Veillault, le critique d’architecture Dominique Machabert, Monique Lafarge, bibliothécaire à Mauriac, ou encore Hubert Saint-Joanis, professeur de lettres et de philosophie.

1, 2007
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Laure Adler combat pour la province

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Régis Marcon

Régis Marcon
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