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Europavox à Clermont-Ferrand

Dans la vie faut pas fanfare

Tous les jours du festival, le regard décalé de Hairy Tomato, notre fan européen de musiques actuelles…

Hier matin au bureau de poste, deux hommes venus du Kosovo et pas sortis de la galère pour autant s'égaraient au remplissage d'un formulaire de la Western Union. Quelques tunes étaient en jeu, expédiées depuis Nuremberg par le frère de l'un d'eux. Au vu de la somme attendue -cent euros- le frangin ne doit pas rouler carrosse non plus. J'ai pensé que ces deux-là, venus du cœur de l'Europe mais dont le pays est tenu à l'écart de l'Union n'iraient sûrement pas goûter les dernières tendances de la scène musicale européenne.

Sur le chemin du retour, j'ai capté Jim Yamouridis au bar de la Mairie. En voilà un qui nous fait dire que la migration doit bonifier le bonhomme. Ses parents ont fui la Grèce pour l'Australie où il a grandi. Marié à une Auvergnate, il est installé en famille en Haute-Loire. Il y trouve la quiétude nécessaire pour composer et écrire un folk mélancolique. Son dernier disque, Travelling Blind, a été très bien accueilli. Il ignore où en sont les ventes mais doute qu'elles feront de lui un homme riche. Je l'ai trouvé éclusant un ballon de rouge en attendant d'aller accueillir à la gare des musiciens grecs jamais rencontrés et avec lesquels il se produit à Europavox demain vendredi. Lui si calme d'habitude semblait effaré par le programme qui l'attend ce jour-là : show-case à la Fnac à l'heure du thé, concert à 22 heures, re-concert vers 3h du mat. Et d'ici là, répétitions.

Vers 18 heures s'ouvrait la partie clermontoise du festival. La place s'ébrouait doucement sur le mode de la cacophonie. Les contributeurs à cette fanfare explosée n'avaient pas tous des prétentions vertigineuses mais ils ne manquaient pas d'esprit et le public mélangé y trouvait son bonheur. A la Coopé, Quidam était attendu de pied ferme. En Eaux profondes son premier album a cartonné et ce trio rock français vient d'être signé par une maison de disque. Au premier rang, Juliette, une puce au look mangazéïfié, les a découverts ici même il y a un an en première partie d'un concert. Elle « adore leur univers ». Comme Amandine et ses deux copines. A la question « Vous les connaissez ? », Amandine répond « Pas personnellement » et sa "potesse" ronronne « Malheureusement ».

Des rockeurs amstellodamois ont précédé Quidam. Ils s'appellent Voicst et se comportent comme des "hardeux" tout en jouant de la boîte à rythme et des cuivres. Leur truc était calé. Ils nous ont menés par le bout du nez. Au fait, on a frôlé la catastrophe. Nos Hollandais, sobres comme des chameaux depuis deux semaines, prétendent-ils invoquant leur professionnalisme, se sont lâchés en arrivant à Clermont-Ferrand. A l'heure du laitier, l'arbre sur lequel s'était perché le bassiste a rompu et l'excursion s'est terminée par une découverte de notre système de santé. Enfin, le gars est costaud et on a vu qu'il avait son compte d'abattis valides.

Le temps de passer au Magic Mirror, cirque d'hiver rutilant et réjouissant où un DJ faisait danser quelques couples, j'ai raté Fantasio la deuxième fanfare qui se produisait sur la scène extérieure. On ne peut pas être à Saint-Flour et à Moulins… Mais j'ai trouvé Balou, qui s'est bien régalé au spectacle de l'Orchestre International du Vetex - des Belges qui passaient en premier. Il a fait l'emplette de leur disque. Dans sa collection d'albums de fanfares, il en a des punks, des new-waves... On s'est félicité de la fin de la mousson (!) et puis Balou a justement remarqué comme la ville avait changé, qu'elle n'était plus triste comme autrefois. En le quittant, j'ai traversé le public et j'ai pensé que depuis autrefois, on avait mis du beur dans nos épinards. « Et ça, je me suis dis, ça va te faire une chute. »

5, 2008
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