À Vichy :
Europavox complètement à l'Est
Tous les jours du festival, le regard décalé de Hairy Tomato, notre fan européen de musiques actuelles…
Ce sont donc des Slovènes de Lubjana et un Français imprégné des musiques du monde qui ont ouvert le festival. Guitariste et chanteurs, les deux jeunes gars de Demeter ont servi un honnête blues, impulsant à la soirée une atmosphère studieuse qu'un Sanseverino plutôt insensé s'est employé à exploser dès qu'il a pris la suite.
A y repenser après-coup, il y avait bien un rien de surréalisme dans la prestation de Demeter, en particulier lorsque le porte-parole du duo a présenté, en anglais, une chanson, chantée en Slovène, qui relatait son état d'esprit : « je bous comme l'eau du café ». Le blues, il faut bien le dire, ne dépeint guère qu'une ébullition très rentrée. Stéphane Sanseverino évoque assez bien la cocotte minute. La salle archi fifties du centre Valéry-Larbaud ne manque pas de chien. L'artiste, qui a plus d'une corde à son violon, jubile d'y faire revivre l'ambiance du music-hall.
Flanqué de deux accordéonistes, il jongle lui-même avec banjo et guitare et balance de temps à autre un coup de pompe dans les cymbales. Il revisite ses trois albums, pressé comme jamais. Et il fait rire dès qu'il tient le crachoir, ce qui arrive souvent, et longtemps. Acteur de commedia dell'arte, clown, il a le bagage qu'il faut pour se moquer des autres : « J'ai prévu des valses, pour faire plaisir aux accordéonistes, et puis bon, comme y a pas mal de vieux ici... », et de soi-même « mes paroles sont un peu absconses, vous voyez que si je chante vite, y a quand même des raisons ». Musicien de haute volée, il enfile les mots en expert et laisse tomber de ces définitions pour un dico déjanté, genre « un lac, c'est une rivière mais ronde ».
On le savait raide dingue de musique tzigane, fondu de Django. Il aime depuis toujours la country, qu'il parodie, mettant la salle dans sa poche plus facilement que Dolly Parton ses lolos dans son corsage. Car l'archéo-bimbo de Nashville fut le grand modèle fantasmatique de Sanseverino. On aura tout su de l'éveil à la sensualité du garçon de dix ans rêvant de son idole. Un homme d'âge mûr dans ma ligne de mire affichait une mine consternée en entendant les billevesées, souvent border-line.
Mais le gamin d'à côté riait à gorge déployée, à l'unisson de la salle, et j'ai pensé que mieux valait rire avec les jeunes, que faire la tronche avec les vieux, comme on dit sûrement quelque part en Europe, à Lubjana ou ailleurs.
29, 2008
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