Germaine Tillion, une femme debout.
Germaine Tillion a 100 ans. Née à Allègre (Haute-Loire) le 30 mai 1907, elle s’est imposée comme le symbole de la connaissance contre toutes les oppressions.
Après des études à Clermont-Ferrand, à Jeanne-d’Arc, elle suit ses parents en région parisienne, à partir de 1922. Elle entre à l’Ecole du Louvre, puis à la Sorbonne et à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. A l’Institut d’ethnologie, elle suit les cours de Marcel Mauss, une rencontre déterminante dans son parcours professionnel et humain.
En 1934, Marcel Mauss recommande en effet Germaine Tillion à l’Institut des langues et civilisations africaines pour une mission de recherches dans les Aurès, dans l’Est algérien. Durant deux années, elle conduit ses travaux dans la tribu semi-nomade des Ah-Abderrahman. Elle retourne en Algérie en 1939. Elle rentre à Paris le 9 juin 1940, 5 jours avant l’entrée des Allemands dans la capitale. Elle prend les routes de l’exode avec sa famille. Un mois plus tard, elle s’engage dans la Résistance avec ses amis du Musée de l’Homme. En 1941, plusieurs membres du réseau sont arrêtés. Le 23 février, 7 d’entre eux sont exécutés au Mont Valérien. Germaine Tillion est arrêtée à la gare de Lyon le 13 août 1942, en compagnie de sa mère. Elle est détenue à Paris, à la prison de la Santé, puis à Fresnes. En octobre 1943, Germaine Tillion est déportée à Ravensbrück. Sa mère suivra le même chemin, avant d’être gazée en mars 1945.
A Ravensbrück, Germaine Tillion entreprend aussitôt, dans le plus grand secret, un travail sur l’univers concentrationnaire du camp. Pour elle, la connaissance de ce monde criminel est essentiel pour survivre. Une entreprise de survie qui la conduit aussi à écrire, toujours en cachette, une opérette.
Libérée par la Croix Rouge suédoise en avril 1945, elle mène une enquête systématique auprès des détenues qui sont à ses côtés, en convalescence à Göteborg. Le 11 juillet, Germaine Tillion retrouve Paris et son poste au CNRS. Le 23 juillet, elle assiste au procès du Maréchal Pétain.
Un an plus tard, elle publie sa première étude sur le camp de Ravensbrück. En 1947, elle prend en charge la recherche sur les femmes et les enfants déportés de France, sous l’égide du ministère des anciens combattants puis du CNRS. Et en 1951, elle est membre du jury de la Commission internationale contre le régime concentrationnaire chargé d’enquêter sur l’existence de camps de concentration en URSS. Un engagement qui lui vaut de violentes critiques de la part de ses camarades communistes.
Toujours à la quête de la vérité, Germaine Tillion enchaîne les missions : en 1954, elle est aux USA pour retrouver les documents officiels allemands saisis par l’armée américaine au moment de la Libération. La même année, François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, lui demande d’enquêter sur le sort des populations civiles dans les Aurès.
Car l’Algérie revient en force dans la vie de Germaine Tillion. En 1955, elle est chargée de mission auprès de Jacques Soustelle, alors Gouverneur général de l’Algérie. Elle crée le service des centres sociaux : en sept ans, 120 centres seront construits en Algérie.
En 1956, nouvelle rencontre décisive : elle participe à la réunion organisée à Alger par Albert Camus pour une trêve civile.
De retour à Paris, elle publie « L’Algérie » en 1957. Quelques mois plus tard, elle accompagne une mission d’enquête dans les camps et les prisons en Algérie. Elle rencontre alors Yacef Saadi, l’un des responsables du FLN et tente d’amorcer une négociation. Jusqu’à la fin de la guerre, elle multiplie les démarches en faveur des condamnés à mort, dénonce la torture et les attentats terroristes.
A partir de 1958, elle enseigne à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. En mai, elle signe l’appel de plusieurs personnalités en faveur du retour du Général de Gaulle au pouvoir. Durant l’année 1959, Germaine Tillion retrouve l’action : membre du cabinet du ministre de l’Education nationale, elle développe l’enseignement dans les prisons et instaure les bourses pour les étudiants algériens. Son travail d’ethnologue se traduit par de nombreuses publications et plusieurs missions, en Suisse (en vue des négociations de paix en Algérie), en Tunisie, au Maroc, en Mauritanie, au Moyen et Extrême Orient, en Libye, au Sénégal, au Mali, au Niger, en Egypte.
En janvier 1978, elle préside l’Association contre l’Esclavage moderne. Ses combats se poursuivent, témoignant toujours de sa capacité de révolte et d’engagement. En mai 1992, Germaine Tillion se rend à Moscou pour y rencontrer des anciens déportés au Goulag. En 1996, elle s’engage aux côtés du collectif de soutien aux Sans-papiers de l’église Saint-Bernard. En 2000, à 97 ans, elle signe l’Appel des douze pour que soit reconnue et condamnée la pratique de la torture en Algérie. Puis dénonce la torture en Irak.
En 2005, Germaine Tillion fait don de toutes ses archives à la Bibliothèque nationale de France. Ses documents relatifs à la déportation sont déposés au musée de la résistance et de la déportation de Besançon.
En 2007, à l’occasion de ses 100 ans, Germaine Tillion voit son opérette, « Le Verfügbar aux Enfers », être mise en scène et jouée au Théâtre du Châtelet, à Paris.
Germaine Tillion a également reçu de très hautes distinctions venant saluer ses combats et son travail : Médaille de la Résistance avec rosette, Croix de guerre avec palmes, Commandeur des Palmes académiques, Grand officier de la Légion d’Honneur, Prix mondial Cino del Ducca pour l’ensemble de son œuvre, Grand croix de l’Ordre du mérite, Prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, Grand croix de la Légion d’Honneur, Grand prix de la Ville de Paris, Commandeur de l’Ordre des Arts et des lettres, Grand croix du Mérite de l’Allemagne.
29, 2007
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