Dossier
La France au passé simple
Entre Matignon, qu’il occupa d’avril 1962 à juillet 1968, et l’Élysée, où il s’installe en juin 1969, Georges Pompidou retrouve sa terre natale et sa terre d’élection, le Cantal. À Montboudif, un musée lui rend hommage. Sans prétention.
Que retient-on de l’action politique de Georges Pompidou ? À Montboudif, dans le Cantal, un petit musée entretient très discrètement la flamme, comme si le successeur de Charles de Gaulle n’osait toujours pas revendiquer sa place au soleil. Oh, on est loin des fastes des musées présidentiels de Sarran et de Château-Chinon. Montboudif cultive la sobriété. La muséographie, en noir et blanc, suggère les heures pas si lointaines de l’ORTF. Dans le petit film projeté aux visiteurs, on se plaît à écouter les journalistes utiliser le passé simple pour rendre compte d’une visite présidentielle. Quelques livres nous rappellent brièvement l’amour de Pompidou pour la poésie. Un Vasarely évoque sa passion pour l’art contemporain. Mais, plus que tout, c’est l’enfant du pays qui est à l’honneur, le député venu se ressourcer après son passage à Matignon, se nourrissant de ses racines rurales et se tenant là, en réserve de la République, prêt à ressurgir pour assumer le premier rôle.
Toile cirée et clope au bec
Le musée reste discret – trop ? – sur l’héritage pompidolien : la construction européenne, la réforme du Smic et du salaire mensuel, le boom économique, l’engagement industriel, en particulier dans l’aéronautique et dans les télécommunications. Mais au fil des photographies d’Henry Passemard, c’est une ambiance qui s’impose. Celle des années 1960, avec les amis rassemblés autour d’une table de restaurant sur laquelle on a posé une toile cirée “d’époque”, avec les marchands de bestiaux bravant la neige, avec les écoliers en uniformes, les dames en blouses en Nylon, les élus locaux dans leur plus beau costume pour une inauguration en présence des autorités ecclésiastiques. Ce sont eux, Auvergnats anonymes, les véritables héros de ce musée.
Dans cette France oubliée, Georges Pompidou avance, l’oeil vif et la clope au bec, sortant d’une DS noire. Il se détend au pied du viaduc de Garabit. On est en juin 1968. Ici, tout est calme. Car dans ce petit univers muséographique, il convient aussi de rechercher les silences, les non-dits, les soupirs, les absents, qui en disent long sur les luttes du pouvoir et la dureté de la vie politique.
5, 2007
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