Les Elderberries ou le rock à moustache
Les cinq échevelés de la scène clermontoise sortent leur deuxième album. À l’aube d’une maturité qui s’inspire toujours de la virilité hirsute des grandes heures du hard, les Elderberries signent déjà un chaleureux rock personnel.
« C’est un gimmick », résume Yann le batteur quand on s’étonne des cinq moustaches post-pubères qu’arborent désormais les Elderberries. Même la jolie fille qui fait la couverture de leur deuxième album, sorti dans les bacs le 16 mars, affiche une protubérance pileuse à mi-chemin entre Zorro et le sergent Garcia. Dans ce geste communautaire, une fidélité à un pacte d’ados qui trouve son écho dans leur musique, désormais compacte et dense comme une vieille amitié.
En cinq ans de travail, cette poignée d’élèves de Massillon addicts à Black Sabbath et « Led Zep », zombies dans un univers musical saturé de pop, a fait un bout de route. Chris le chanteur, petit gars de Manchester né à Clermont, Tom et Jimmy, les frères londoniens, Ryan le Canadien, tous enfants de Bibs, ont arrêté les études pour suivre avec son fils Yann la voie ouverte par Denis Clavaizolle, musicien et producteur, compagnon de Daniel Darc, Bashung ou Murat. Tom se souvient du choc ressenti quand ils ont découvert le studio de Sophiane Productions à Cournon : « On n’avait que des petits amplis de 10 watts ! » Mais il est alors décidé que la valeur marchande attendra le nombre des années. « Un album à 15 ans, ça n’aurait servi à rien », sanctionne Yann, le batteur.
Nothing Ventured, Nothing Gained sort en 2007. Il sent gentiment l’héritage des bonnes années Highway to Hell, badge d’AC/DC et jean élastisse. Les Inrocks écrivent que « L’album est énorme », ça leur ouvre les portes en grand. James Huth leur commande la musique de son film Hellphone. Et le club des cinq déroule des kilomètres de tournée; plus de 200 dates sont programmées en France. Leur animalité toute juvénile les transforme, dès leurs premiers pas sous les projos, en bondissantes bêtes de scène. Ils en parlent avec des éclairs dans les yeux : « Depuis trois ou quatre concerts, il y a plus de monde », constate Ryan, l’un des guitaristes. « Les gens connaissent les morceaux par cœur, ils chantent même les parties de guitare ! » Le rêve de Chris, ce serait qu’avec ce nouvel album, il y ait encore plus de monde aux concerts. Leur label a entendu le message : une place de concert est offerte avec chaque album acheté.
Avec un tel titre, Ignorance and Bliss (Ignorance et Bonheur), ce deuxième opus des Elderberries (Baies de sureau, en français) sentirait presque la violette à vue de nez. Sauf que les premières notes du premier morceau, Au Bikini, n’ont déjà rien de floral. Et les onze qui suivent exhalent plutôt le cuir de selle d’un Sportster et la bière d’importation. Les Elderberries confirment qu’ils aiment « les grosses guitares », quand ça chauffe, que le cœur du public pulse à 90 et les leurs à 120. Mais ils ont introduit dans leur rock musclé à la force du biceps et des cordes vocales la parcelle de chair qui manquait. It doesn’t really matter accroche tout de suite à l’oreille et son clip farci de belles jeunesses ondulantes et moustachues devrait faire le reste, au moins pour les plus testostéronés des téléspectateurs.
On trouve même une lumière vaudou dans la ballade sombre de Far Away et une excitation très cinématographique dans Sick of Silence qui clôt l’album. Artisan de cette subtile métamorphose, le Londonien Steve Orchard qui a mixé l’album. « Il a craqué sur les titres », explique Denis Clavaizolle pour justifier l’intervention de ce professionnel plus habitué à travailler pour Coldplay, Travis ou U2 que pour un rock si énergique. « On est montés avec Tom pour vérifier qu’il ne nous rendait pas l’album trop pop », raconte Ryan. « Mais en fait, on a été très contents de tout ce qu’il a fait. »
Prochaine étape pour les Elderberries : l’Amérique. « Ils sont Anglais, mais en fait ils ont un style très américain », commente Denis Clavaizolle. Il voudrait organiser pour eux des concerts dans des clubs de Los Angeles et faire venir des représentants de labels US pour les lancer outre-Atlantique.
En attendant, la tournée commence en France, Clermont-Ferrand figurant dans les premières dates. Un concert gratuit est proposé le 25 mars au forum Fnac à 17 h et un show-case le 27 mars chez Spliff, 8 rue de la Treille, à 18 h. La Coopérative de Mai les recevra en concert le 3 avril à 20 h 30.
The Elderberries, Ignorance and Bliss, Sophiane Productions/Nophono/Discograph.
Le clin d’œil régional
Depuis cinq ans, Fred Le Falher, professeur d’arts appliqués, et ses élèves du lycée de Communication Saint-Géraud d’Aurillac ont engagé un travail créatif autour des musiques actuelles, avec l’aide de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand. Ce sont quatre ou cinq œuvres graphiques prolongées par des vidéoclips qui sont réalisées chaque année par les classes de Terminale CAP, pour des grands noms comme Bashung, Indochine, Daniel Darc ou Jane Birkin – qui découvrira cet hommage lors de son passage à la Coopérative le 25 mars – ou encore des groupes émergeant de la scène locale.
Après Quidam, Kaolin, The Delano Orchestra et Jim Yamouridis, les Elderberries ont servi de base d’étude aux jeunes élèves. Leur morceau Lost my Way a ainsi donné lieu au tournage d’un clip d’environ trois minutes, où l’on voit un petit robot déambuler à la nuit tombante dans la ville d’Aurillac. Ce clip a fait partie d’une sélection présentée cette année au festival du Court métrage de Clermont-Ferrand.
20, 2009
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