Europavox à Aurillac
Maladie d’amour
Tous les jours du festival, le regard décalé de Hairy Tomato, notre fan européen de musiques actuelles…
Pour vous, j’ai quitté hier la capitale auvergnate et suis allé entendre les BB Brunes à Aurillac. Fallait faire gaffe où l’on mettait les pneus. Sur la Nationale 122, la nature reprend le dessus et la chaussée part en sucette. Alors même que le tunnel du Lioran est ouvert, c’est ballot.
Les BB Brunes sont quatre adolescents qui servent un rock sixties accommodé à la sauce punk. Parmi leur audience, le tendron enamouré est surreprésenté. Il devait bien y avoir 1 200 groupies, mais cette salle du prisme est si vaste qu’on ne s’écrasait pas les arpions.
J’ai croisé Fred, prof d’art appliqué au lycée Saint-Géraud. Chaque année, une collègue et lui font travailler les élèves de communication graphique autour de la culture rock. « Ils créent, m’explique-t-il, des images inspirées par l’univers des artistes qu’on aime et qui passent dans la region. » Ils ont ainsi réalisé pour les BB Brunes une cinquantaine de pochoirs, des cartes postales et un vidéoclip en animation, utilisant des images de mai 68 détournées. « Un truc assez punk », rigole Fred.
Dans l’après-midi, un rencart a eu lieu entre les élèves et le groupe. Fred : « On se disait que ces mecs de Paris allaient les prendre de haut. En fait, ils ont été supergentils, presque timides, et vachement touchés par le travail des élèves. Ils sont partis avec et vont le filer à leur maison de disques. »
Les élèves, de leur côté, voulaient tout savoir de la vie de ces lycéens d’hier qui partent en tournée et font tourner les têtes. « Les filles étaient absolument enchantées. Surtout que d’autres filles faisaient le pied de grue devant la salle depuis 10 heures du matin pour rien. » Fred rit encore d’avoir vu ses élèves aller narguer les infortunées en leur balançant leurs autographes sous le nez.
En première partie de concert, les quatre jeunes filles tchèques de Reskata ont livré un honnête rock à la papa. Des solides, la chanteuse en particulier : elle a du coffre. Serait-ce la solidarité feminine ? Le public n’a jamais manifesté d’impatience. Mais c’est quand les gars sont montés sur scène que je me suis équipé de bouchons d’oreilles. Il y avait autant de téléphones brandis que de nombrils à l’air. Entre la barrière et la scène, les membres de la sécurité veillaient à ce qu’une lolita ne subisse pas le sort d’une bintje dans un presse-purée.
Ces rockeurs sont franchement mûrs et leur prestation est calée. Ils ne se laissent pas dissiper par les parades nuptiales, sur scène au moins. Mais sans doute sont-ils vraiment trop timides pour entamer le dialogue. Leurs adoratrices en sont un peu frustrées et s’égosillent quand cet Adrien maintes fois célébré demande : « Ça va bien ? » - « Ouaaiis ! » - « Ça va vraiment bien ? » - « Ouaaaiiis ! » On n’imagine pas tellement quelqu’un qui là se plaindrait du chikungunya.
7/6/2008
7, 2008
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