Les prospecteurs de cinéma
Pleins feux sur l'Auvergne
Le 8 mars prochain, notre région retrouve le grand écran avec la sortie du film de Daniel Duval, Le temps des porte-plumes. Pour attirer les cinéastes sur le territoire, la Commission du film d’Auvergne multiplie les contacts et sait rendre mille services aux équipes de tournage.
Balade à Souvigny
Lorsqu’il arpente avec son appareil photo les ruelles de Souvigny, dans l’Allier, Stéphane Souillat a toujours en tête le cadre qui limitera chaque paysage à une image de cinéma. Pour le conduire dans un tour du patrimoine local, il a pris rendez-vous avec l’érudit local, en l’occurrence le jeune responsable du musée, Paul Sacard, qui, tout en lui indiquant que le prochain grand chantier municipal s’attaquera à l’alimentation électrique aérienne, lui a promis de l’annoncer pour une prochaine visite chez les heureux propriétaires de bâtisses typiques et opulentes qu’il connaît bien. Puis Stéphane Souillat est parti photographier quelques alignements de maisons pittoresques qui ne dépareraient pas dans un film d’époque situé avant-guerre.
De cette balade glaciale dans la cité, il rapportera des images et des informations pour alimenter un catalogue de lieux : de quoi vendre l’Auvergne à l’industrie du cinéma. Ce travail systématique est mené par la Commission du film d’Auvergne, qui vise ainsi à anticiper sur les demandes des productions, souvent singulières. « Lorsqu’on a commencé à chercher des paysages, explique Stéphane Souillat, c’était pour répondre à une demande de sites pouvant ressembler à la Mongolie. Mais l’Auvergne, c’est pas une réserve d’indiens. On veut tout de même montrer ce que les gens n’auraient pas l’idée devenir filmer ici. » C’est dans cet esprit que le patrimoine minier a été recensé, comme les gares, un produit très demandé. Depuis le début de l’été, guidé par l’Agence régionale d’hospitalisation, Stéphane Souillat ratisse aussi les lieux inoccupés du secteur hospitalier. L’ancien hôpital psychiatrique de Moulins lui a tapé dans l’œil: « Un endroit vraiment terrible. » Au total, 2 000 lieux sont ainsi repérés dans la région.
Meurtre à l'Arbalète à Mégemont
Au printemps sortira sur les écrans Les brigades du tigre, de Jérôme Cornuau. Le tournage était programmé en région parisienne, mais c’est en sollicitant en amont la Commission du film d’Auvergne que le réalisateur a trouvé, à Vichy, l’opéra art-nouveau qui lui manquait pour une scène spectaculaire. Puis, baladé par Stéphane Souillat dans quelques lieux historiques, le cinéaste a retenu, pour figurer un dispensaire crédible... le couloir de la cuisine du domaine royal de Randan. D’autres recherches se font aussi en catastrophe. Ainsi, pour Les rivières pourpres, les anges de l’apocalypse, les extérieurs devaient tous être tournés aux abords d’édifices religieux en Lorraine, mais les autorités ecclésiastiques ont opposé leur veto à une scène de meurtre à l’arbalète ! La commission s’est vite mise enquête d’un lieu désacralisé et a proposé l’abbaye de Mégemont, à Chassagne (63)... Retenue.
Il y a quelques semaines, l’équipe d’un premier long métrage intitulé Sept ans a, elle, entamé son tournage dans l’ancienne prison militaire du 92e RI à Clermont-Ferrand. Vu les difficultés à filmer dans une prison en activité, ce type de lieux désaffectés est, en effet, précieux. Ces recherches, très ciblées, dépassent parfois le cadre des seuls décors. Pour Le temps des porte-plumes, le réalisateur, Daniel Duval, souhaitait ainsi une exploitation agricole et une école des années 50. Il était également nécessaire de dénicher des anciens connaissant le travail de la terre à cette époque et sachant labourer avec des chevaux. Pour une scène de batteuse, il a même fallu se lancer sur la piste de machines, de figurants et d’un conseiller technique. Tous les maires du nord-est de l’Allier ont été sollicités…
Du Cézallier aux Césars
Lorsque la réalisatrice Valérie Gaudissart, à l’occasion d’un tournage, traverse le Cézallier, elle a le coup de foudre pour ce pays. Elle recherche d’abord un lieu propice à des vacances studieuses. Elle revient plusieurs fois, guidée par les pré repérages, y peaufine son scénario et s’installe pour filmer à Mongreleix, dans le Cantal. Le tournage du moyen métrage Céleste, plusieurs fois récompensé dans des festivals et présélectionné pour les Césars, reste pour Valérie Gaudissart un excellent souvenir. Et elle envisage de revenir dans la région pour d’autres projets. « Il faut être là où l’on vous accueille », dit-elle en remerciement à la population et à l’équipe de La Jetée.
Car dans les locaux clermontois qui abritent Sauve qui peut le court métrage et la Commission du film d’Auvergne, les cinéastes trouvent également un soutien logistique. À l’approche du tournage, le régisseur arrive en éclaireur. En charge de missions hautement stratégiques (gîte et couvert de l’équipe, autorisations de tournage, etc.), il apprécie de pouvoir utiliser le carnet d’adresses de la commission, qui compte des professionnels exerçant tous les métiers du cinéma. Lorsque le réalisateur et son assistant arrivent, ils s’installent à La Jetée. « Ils sont un peu chez eux, assure Stéphane Souillat, ont accès aux lignes, à l’Internet, peuvent bloquer une salle pour faire un casting. Ce sont des prestations gratuites pour la production. »
Pour attirer l’attention de l’industrie du cinéma sur ses compétences et son “stock” de décors, la commission édite aussi des plaquettes, autant de catalogues thématiques présentant des édifices Belle époque, des châteaux ou des routes...Elle est présente dans les festivals, les salons professionnels et démarche les sociétés de production. Elle est également affiliée à un réseau national, Film France, développe des outils de communication et prospecte à l’étranger. Mais c’est sur chaque tournage que se présente pour l’équipe la meilleure occasion de faire sa publicité. « Une équipe de tournage, remarque Stéphane Souillat, est formée de gens très différents, qui participeront à d’autres équipes sur d’autres films et qui peuvent penser à nous dans le futur. Plus on travaille et plus on est sollicité. »
Travelling
Créée en 1997, la Commission du film d’Auvergne compte, avec Kattel Camus, la collègue de Stéphane Souillat, deux salariés. Le budget annuel, autour de 120 000 euros, est financé par le Conseil régional et, dans une moindre mesure, par le ministère de la Culture via le Centre national de la cinématographie. Chaque année, elle reçoit une centaine de demandes. Une quarantaine de projets aboutissent, participant à la notoriété de la région et assurant des retombées économiques non négligeables. Les longs métrages représentent environ 100 journées de tournage annuels, mais la commission est également sollicitée pour des films publicitaires et même pour des projets de télé-réalité ; il faut alors trouver un lieu pour y enfermer des gens célèbres... De temps en temps, des particuliers heureux propriétaires de maisons de charme s’adressent à elle pour les proposer comme décors de cinéma. Afin de faire son choix, l’équipe se rapproche d’associations comme Vieilles maisons françaises, dont les adhérents ont à coup sûr une construction remarquable. Comme cette famille installée dans une très belle demeure XVIIIe perdue dans la campagne moulinoise. Outre la qualité architecturale et l’absence de détails modernes, Stéphane Souillat a remarqué que les salons du rez-de-chaussée pouvaient être traversés en ligne droite depuis la cour, fermée à l’avant, jusqu’au jardin derrière. Il y a là un travelling possible…
Après le tournage des films Les rivières pourpres 2, Les choristes et Holy Lola en 2003, l’Auvergne a accueilli les équipes de Xavier Giannoli (Quand j’étais chanteur), Franck Buchter (Clémence), Daniel Duval (Le temps des porte-plumes) et Jérôme Cornuau (Les brigades du Tigre) en 2005.
Une convention pour les tournages
Soutenant la production cinématographique en Auvergne, le Conseil régional peut mobiliser des financements par le biais du Fonds d’aide à la création et à la production. Soit une enveloppe plafonnée à 40 000 € pour un court métrage, 50 000 € pour un téléfilm et 100 000 € pour un long métrage.
Le top du court
Ambassadeur du pôle image en Auvergne, le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand ouvre ses portes le 27 janvier prochain. Pour ce cru 2006, l’équipe de Sauve qui peut le court métrage a programmé une rétrospective Royaume-uni, des séries de films sur Noël et d’autres réunissant les réalisations d’élèves de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, qui fête cette année ses 80 ans.Site du festival. Tél. : 04 73 91 65 73.
Vous êtes propriétaire d’une usine, d’une abbaye ou gestionnaire d’un restaurant, vous pouvez proposer votre décor et l’inscrire en ligne, sur le site de la Commission du film d’Auvergne, www.filmauvergne.com.
19, 2006
L'Auvergne, ce grand plateau de tournages
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