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Public et artistes fidèles à la Comédie de Clermont

Alors que la question d’un lieu identitaire pour la Scène nationale reste toujours posée, la Comédie de Clermont atteint sa vitesse de croisière dans une relation de plus en plus étroite et complice avec les grands du spectacle vivant d’aujourd’hui. Sa prochaine programmation en témoigne.

Douze ans après sa création et sept ans après l’arrivée de Jean-Marc Grangier à sa direction, la Comédie de Clermont/Scène nationale atteint un point d’équilibre magique où convergent la satisfaction de ses 4500 abonnés, la reconnaissance des ténors internationaux du théâtre, de la danse et de la musique et le propre enthousiasme de son équipe, jamais démenti. Seule ombre au tableau : un défaut de lieu identitaire. Le projet était dans l’air depuis des lustres mais se refusait à toucher terre en un espace précis de la capitale régionale, malgré les besoins de plus en plus pressants de la Comédie, revendiqués publiquement par son président Daniel Thévenet au soir de la présentation de la prochaine saison.

Son cri d’alarme a été entendu par la municipalité : l’ancienne gare routière de Clermont-Ferrand, qui devait accueillir la future médiathèque, est pressentie pour devenir ce lieu de recentrage des activités de la Scène nationale, que l’association Sauve qui Peut le Court Métrage pourrait aussi investir à l’occasion. Reste la question des délais. Bien que la municipalité se soit refusée à prendre un engagement précis dans ce domaine, c’est encore en nombre d’années que l’attente se quantifiera.

Une saison événement

La saison 2009-2010 parvient malgré tout à créer de nouveau l’événement, par le nombre de fidèles, tous reconnus dans leur discipline, qui se font désormais un plaisir autant qu’un devoir de jouer ou danser à Clermont-Ferrand. Wajdi Mouawad, James Thiérrée et Denis Maillefer sont au premier rang des artistes plébiscités par le public clermontois de spectacle en spectacle.

L’auteur et metteur en scène d’origine libanaise, qui a écrit spécialement un poème pour introduire le programme de la Comédie, triple sa prestation cette année : il entre en scène fin novembre avec Ciels, son nouveau spectacle créé en Avignon cet été et dernier opus d’une œuvre globale intitulée Le Sang des promesses. Il y est question de cinq espions engagés dans une course contre la montre pour sauver le monde. Dans la même veine et le même temps, Wajdi Mouawad proposera une version inédite d’un texte qu’il a écrit pour Jane Birkin la militante, Discours guerriers-Paroles guerrières ; ce seront l’auteur lui-même et la comédienne-chanteuse qui en feront une lecture à deux voix. Wajdi Mouawad reviendra enfin mi-janvier pour une version remaniée de sa pièce Littoral, créée en 2006 et programmée à Clermont-Ferrand cette même année.

À ceux qui ont aimé La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses et Au revoir parapluie, James Thiérrée présentera Raoul. Le mime-danseur-acrobate est devenu misanthrope, seul être agité dans un capharnaüm d’objets. Mais comme souvent chez Thiérrée, l’apparence est trompeuse. Les objets s’animent, des animaux surgissent, des monstres marins apparaissent. Le plus fou des épilogues est à craindre.

Denis Maillefer est le dernier venu dans cette garde rapprochée. Les Clermontois n’ont découvert que l’année dernière cet ancien assistant de Patrice Chéreau qui se fait fort de travailler l’intime. Accueilli en résidence de création, il dévoilera fin mars un projet inspiré par Maryline Monroe, Looking for Marylin (and me). Huit acteurs y mèneront l’enquête pour débusquer Norma Jean derrière l’icône sexy, sur fond d’images d’époques et de récits personnels.

Fidèle depuis trois ans en tant qu’artiste associée, la compositrice finlandaise Kajia Saariaho terminera sa collaboration en quatre temps : Nymphéas, son premier quatuor à cordes, sera donné en décembre, le très beau Jardins japonais, pour flûte et percussions, en mars. Et, avant de repartir, elle honorera sa terre d’accueil par deux créations : The Tempest Songbook, inspiré par La Tempête de Shakespeare, confrontation entre les adaptations de Matthew Locke, d’Henry Purcell et sa propre lecture contemporaine ; et une version retranscrite spécialement pour l’Orchestre d’Auvergne de son œuvre Terra Memoria.

Car l’inscription dans un lieu implique également un tissage étroit avec ce que celui-ci compte de créativité et de professionnalisme. La Comédie de Clermont/Scène nationale souscrit à cette démarche. Nadège Prugnard, auteur prolixe et atypique d’origine clermontoise, ouvrira la saison avec La Jeannine. « Jeannine est morte », crient neuf hommes, son enterrement va desserrer les liens et déchaîner les mots, dans ce flot dont Nadège Prugnard a fait sa marque de fabrique. Bruno Marchand, qui a aussi fait ses débuts à Clermont, mettra en scène en janvier un texte puissant signé Jean-Luc Lagarce, auteur à nouveau donné en mars à travers Ebauche d’un portrait, spectacle inspiré du journal de cet écrivain mort du sida en 1995. Sylvie Pabiot, danseuse et Clermontoise elle aussi, proposera Objecte en février avec la compagnie Wejna, et après une résidence de quelques semaines, Rumeurs, création qui « interroge par la danse les voix de ceux et celles qui, seulement en apparence, se taisent ».

La danse sera par ailleurs marquée cette saison par l’orientalisme. La chorégraphe tunisienne Leila Haddad rendra hommage à Om Kalsoum avant d’accompagner et encadrer les participants du traditionnel bal de la Comédie qui aura lieu mi-octobre place de Jaude. En fin de saison, le chorégraphe turc Ziya Azazi fera référence à l’univers fascinant des derviches tourneurs.

De grands auteurs comme Victor Hugo, Shakespeare ou Camus seront aussi programmés au fil de la saison, à travers des textes connus (Les Justes) ou plus rarement montés, pour le plaisir de la langue et de la confrontation avec des mythes. L’Homme à tête de chou est parmi eux, entré dans la légende à travers la personnalité d’un Gainsbourg plus inclassable que jamais. Alain Bashung devait interpréter à son tour cet album référence, avec la complicité de Jean-Claude Gallotta.

Lui aussi avait trouvé dans l’Auvergne une terre amie et sa fidélité bienveillante avait marqué les cœurs et les esprits. Par la grâce des bandes-son enregistrées avant sa disparition, il se présentera une dernière fois devant un public clermontois ému d’entendre une dernière fois sa voix d’homme construit sur le fil du rasoir.

Programmation complète, abonnement et tarifs sur www.lacomediedeclermont.com.

5, 2009
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