À Aurillac, le prochain festival se prépare
Théatre de rue, côté cour
Du 17 au 20 août, le Festival des arts de la rue fêtera ses 20 ans. À Aurillac, les compagnies théâtrales envahiront la ville. Déjà , l’équipe d’Éclat est sur le pont. Miam a vécu deux jours dans l’effervescence de l’organisation de cet événement
Aurillac, 30 000 habitants, attend, en août prochain 100 000 personnes pendant les quatre jours de la vingtième édition de son Festival des arts de la rue. Autour de la programmation officielle et de ses 17 spectacles,450 compagnies de passage viendront se confronter à un public.
Vers la fin du mois de mai, ça chauffe déjà au sein de l’équipe organisatrice. Il faudra bientôt indiquer à chaque compagnie sur quel bout de trottoir ou morceau de place elle se produira. La communication vient d’être lancée, avec l’organisation d’une conférence de presse. On prospecte maintenant pour l’hébergement des journalistes, des professionnels et des comédiens du programme officiel. Organisera-t-on un pont aérien entre Paris et la capitale du théâtre de rue ?Comment se passera la cohabitation avec les jeunes dans le quartier où le festival est nouvellement installé ? Le spectacle que fabrique pour cette édition anniversaire l’artiste espagnol Léo Bassi sera-t-il prêt ?
Caroline
Responsable des compagnies de passage.
Mission : prévoir l’imprévisible.
Tout semble réuni pour que cela tourne à une gigantesque foire. Et, pourtant, Caroline Garbe,qui, depuis cinq ans, s’occupe de l’accueil des compagnies de passage, l’affirme : « Je suis chaque année surprise que les relations avec les compagnies soient aussi fluides. »Les compagnies de passage, sont celles qui viennent se produire en marge du festival officiel. Or, les conditions de leur présence à Aurillac sont difficiles. Le festival est à même de garantir pour chaque spectacle un créneau horaire et un lieu. Pour le reste, les artistes doivent se débrouiller. Bon nombre dormiront dans leur camion. Quatre cents compagnies ont déjà renvoyé leur dossier et commencent à téléphoner pour savoir où elles seront placées et à quelle heure elles pourront jouer.
Stéphane
Coordinateur des compagnies de passage.
Mission : jongler avec l’espace.
Dans le bureau d’à côté, Stéphane Daniel assure la fonction de placier. Il fait le compte :« De la grande place à la petite rue, en passant par le stade, il y a 120 lieux, dont 80 sont très utilisés de 10h30 à 1h du matin. Dans une cour d’école, il peut y avoir jusqu’à 20 compagnies.Mais j’essaie de faire en sorte que deux spectacles ne soient pas donnés en même temps sur un même lieu. » Il vient de raccrocher son téléphone.Une compagnie dans laquelle intervient un fildefériste craignait que le lieu qu’elle s’était vu attribuer soit trop en pente. Il a fallu assurer à l’artiste que le dénivelé n’allait pas l’envoyer se scotcher contre un poteau. Entre les lieux où l’on ne peut pas “pincer” pour monter un chapiteau, ceux où l’électricité sera insuffisante,Stéphane Daniel a peu de marge de manœuvre afin de répartir l’espace où se tiendront entre 2 500 et 3 000 représentations. « Je devrais regarder chaque projet artistique, mais, à 400 compagnies, l’espace devient vite déterminant.Je fais surtout attention de ne pas mettre les artistes en danger et de ne pas installer une compagnie qui démarre place de l’Hôtel de ville. »
Jean-Marie
Directeur artistique.
Mission : dépister les talents.
« Qui des artistes de rue ou des syndicalistes a recyclé le bidon de fer en tam-tam ? » demande Léo Bassi. L’artiste espagnol est en repérage pour le spectacle qu’il va donner. Il doit squatter l’hôtel de ville pour y organiser le procès des inventeurs du théâtre de rue. « Qui sont les initiateurs en France ? Est-ce qu'on retient les gens pas intéressants mais qui ont duré... Tu sais bien,c'est comme en politique, il y a des gens sans intérêt qui durent. » Menton carré de putschiste sud-américain, il fera un bon représentant du Ministère public. Sur la façade du bâtiment,il veut accrocher des portraits. « Attention,prévient Jean-Marie Songy,directeur artistique du festival,il faut les avertir à l’avance à la mairie.Ils sont pointilleux avec leurs pots de fleurs… » Ce n’est pas le genre de détail qui peut faire reculer l’artiste espagnol. Susciter la vindicte, il adore. Comme lors du festival de Souillac, où,devant 17 000 agents EDF, il s’est fait passer pour le commissaire européen à l’énergie, promettant une privatisation salutaire et intimant l’ordre à « cette bande de feignants de se mettre au boulot ». Il a échappé au lynchage et en rigole encore.
Hugo
Responsable du Parapluie.
Mission : donner une salle à la rue.
Visite au Parapluie, tout neuf centre de création pour le théâtre de rue. Son responsable est Hugo Lecanu, un ancien technicien du festival.Il a laissé tomber la caisse à outils après qu’un accident en 1992 lui a mis quelques vertèbres en vrille. La compagnie Sémola, des Espagnols encore, est ici en résidence et prépare un nouveau spectacle pour le festival… dont le scénario n’a pas l’air tout à fait calé. « Il y avait un synopsis qui a guidé la fabrication de l’objet scénique que tu vois, m’explique Isnelle da Silveira, l’assistante-ange gardien de Joan Grau, le metteur en scène.Mais il a finalement été abandonné. » Reste l’objet,monumental mécano de 8 mètres de hauteur empilant quatre plateaux de 10 m2. C’est le théâtre d’une scène passablement “électrique”,où une douzaine de comédiens changent frénétiquement de vêtements.
Anne
Attachée de presse.
Mission : passer de l’ombre à la lumière.
Anne Lacombe, l’attachée de presse, entre dans le vif du sujet. Elle a rappelé tous les médias susceptibles d’assister à la conférence de presse qui se tient ce matin et où sera communiqué le programme du festival. Hier, elle avait demandé à La Montagne d’annoncer une sortie d’atelier à mi-création de Sémola pour ce soir. Mais les Espagnols ne se sentent pas prêts et viennent d’annuler. « Bon, tant qu’on n’a pas eu une dépêche de l’AFP,se console-t-elle en riant. D’ailleurs, les Sémola pourraient encore changer d’avis. » Pas toujours facile de concilier les impératifs de la presse et les aléas du théâtre de rue. Pourtant, le festival assure à lui seul une bonne partie de la notoriété de la ville. Chaque année, une centaine de journalistes sont accrédités.
Cédric et Jef
Régisseur général et directeur technique.
Mission : démineurs de terrains.
Au parc Hélitas, Jef Harvart, le directeur technique,et le régisseur, Cedric Ginouvès, arpentent le terrain. Ici, se trouvera le grand cabaret, un chapiteau de 40 mètres sur 32 flanqué d’une autre tente pour le bar.Pour ne pas risquer la foudre des pompiers,il faudra leur réserver un passage de 8,50 mètres autour des installations. « L’an dernier, les services municipaux avaient aménagé un parterre de fleurs à cet endroit. Il n’en restait pas grand-chose après quatre jours de festival. Cette année, ils ont fait soft », remarque le directeur technique en passant à côté du massif de myosotis.
Marie-Jo et Christophe
Coordinatrice des accueils et administrateur.
Mission : écouter et convaincre…
Marie-Jo Serieys assiste Christophe Paris, l’administrateur. Elle s’occupe également de l’accueil des compagnies officielles, des professionnels et des journalistes. Pour ces derniers, qui paieront leur hébergement, elle a réservé plus de 100 chambres d’hôtel dans la ville. Concernant les compagnies, dont le logement est pris en charge, elle a d’autres solutions. « Toutes réclament des chambres individuelles en hôtel deux étoiles. Les comédiens se plaignent d’une promiscuité dont ils ont déjà souffert en tournée tout l’été et aimeraient un peu de tranquillité. Mais, pour des raisons à la fois financières et pratiques, ils sont souvent obligés d’accepter notre proposition de dormir dans une école. » Dans l’agenda de Christophe Paris figure aussi des tractations plus délicates. Depuis des mois,il plaide pour des rotations aériennes entre Paris et Aurillac durant tout le festival. La bonne nouvelle tombe. La compagnie Airlinair assurera le service, avec des tarifs préférentiels.
Plus d’informations sur le site www.aurillac.net
18, 2005
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