Dossier
Musiques actuelles
Une région de plus en plus rock
Avec 838 groupes et artistes identifiés, les musiques actuelles deviennent les ambassadrices de la région, détrônant l’éternel plateau de fromages ! Une vitalité qui donne un sérieux coup de jeune à l’Auvergne, mais qui exige des nouveaux moyens en termes de lieux de création, de répétition et de diffusion.
La Grande Halle d’Auvergne, à deux pas de Clermont-Ferrand, est le lieu traditionnel des congrès, des manifestations aux thématiques variées mais au rituel immuable : chacun prend son petit dossier, son petit café avant de gagner l’amphithéâtre, s’installe confortablement dans la salle de conférences, écoute plus ou moins attentivement les interventions des personnalités officielles et des experts du jour, ne manque pas d’applaudir, mais pas trop fort.
Ce samedi 31 mars, l’ambiance ne déroge pas à cette règle. Pourtant, le public ne ressemble pas tout à fait à celui que l’on croise dans une assemblée de visiteurs médicaux ou de professionnels de l’immobilier. En témoignent des codes vestimentaires visiblement bousculés, avec jeans déchirés et t-shirts de rigueur.
Ici ou là, quelques piercings sur un menton ou un sourcil. Et, timidement, un tatouage qui dépasse du col de chemise. Dans l’espace professionnel, quelques vidéos rappellent qu’ici se tiennent les premières rencontres régionales des musiques actuelles, un univers où se croisent les musiques jazz, les musiques traditionnelles, la chanson française et les musiques actuelles amplifiées (rock, pop, country, blues, métal, hardcore, reggae, ragga, musiques électroniques, hip-hop, musiques du monde, etc.).
En quête de reconnaissance.
L’attention de l’assistance durant toute une journée de travail et l’affluence des congressistes sont des indicateurs suffisamment fiables pour s’accorder sur le besoin de reconnaissance institutionnelle de ces artistes, dirigeants de salle de spectacles ou responsables associatifs. Autre signe tangible de cette place privilégiée qu’occupe l’Auvergne sur la scène française : Jean-Daniel Beauvallet, le rédacteur en chef des Inrockuptibles, “le pape des musiques actuelles”, a fait le déplacement pour prendre le pouls du vivier local.
C’est la première fois que tous ces artistes sont invités à parler entre eux, à exprimer publiquement leurs revendications, leurs attentes. Le Transfo, structure créée par la Région en association avec l’État, est à l’origine de cette rencontre inédite. Pour savoir si l’Auvergne était une région rockeuse, rappeuse, chanteuse, punk, jazzie, il a même réalisé un état des lieux extrêmement précis, dénichant au final 838 groupes et artistes sur tout le territoire régional. « Il s’agit de formations musicales en activité, qui se produisent plus ou moins régulièrement en concert ou qui fréquentent les principaux locaux de répétition », explique Simon Pourret, le directeur du Transfo. Rapide coup d’oeil sur cet inventaire à la Prévert : Shaolin, The Kissinmas, Patrick Bouffard, Aligot Éléments, The Elderberries, Serge Delaite, la Compagnie Léon Larchet, La Position du
Tireur couché, Black Chantilly, Marshmallow, Quartet Maulus… sans oublier Kaolin, un groupe montluçonnais qui vient de décrocher son premier disque d’or, et Cocoon, qui est en train de s’imposer sur la scène nationale. Bref, une compilation aussi variée que les paysages auvergnats.
Palmarès des villes les plus rockeuses.
La grande partie de cette effervescence musicale se concentre dans le Puy-de-Dôme et notamment dans l’agglomération clermontoise. Certes, la capitale régionale jouit de son statut universitaire, un atout considérable pour permettre la rencontre entre un public et les artistes. Bien que ce soit aussi ici que l’on trouve le moins de structures destinées aux répétitions, une étape pourtant indispensable pour progresser et atteindre les niveaux professionnels. Aux côtés de Clermont-Ferrand, Aurillac tire son épingle du jeu, avec 46 groupes ou artistes identifiés. Puis viennent, dans l’ordre, Montluçon, Le Puy-en-Velay, Vichy, Thiers, Issoire, Riom, Moulins, Cusset, Cournon-d’Auvergne. Yzeure, Beaumont et Chamalières ferment la marche. En revanche, malgré ce vivier de talents, les structures d’encadrement professionnel restent très peu nombreuses en Auvergne. La plupart des groupes ont créé leur propre association pour accompagner leur activité.
De son côté, l’Agence des musiques traditionnelles d’Auvergne estime que moins de 5 % des musiciens relevant de cette esthétique sont intermittents du spectacle.
Des lieux de répétition trop rares.
L’autre faiblesse régionale, c’est assurément le manque de lieux de répétition. Avec 15 studios répartis sur huit lieux dédiés à la pratique des musiques actuelles, les besoins des artistes auvergnats ne sont pas encore couverts… Et en dehors de Montluçon,d’Aurillac, de Brioude, de Chadrac, de Cosne-d’Allier, d’Issoire, de Riom ou de Commentry, la pratique musicale doit se contenter du système D : cagibis de fortune, caves humides, débarras, avec des conditions acoustiques déplorables et des règles de sécurité peu regardantes… Cette défaillance devrait être prochainement corrigée, du moins en partie : de nouveaux studios sont en cours de réalisation à Broût-Vernet, près de Vichy. Et Clermont Communauté devrait passer très prochainement du discours aux réalisations pour combler enfin ce déficit… Quant aux résidences d’artistes, des lieux privilégiés permettant aux groupes de se ressourcer pour créer un spectacle, préparer un disque ou répéter en vue d’une tournée, elles restent rares. Inauguré par Alain Bashung en 2004, le Moulin des Volontaires, à Tourzel-Ronzières, dans le Puy-de-Dôme, prouve néanmoins que la demande est réelle. Et qu’un tel projet peut tout à fait bénéficier de l’approbation des habitants, même en milieu rural.
230 concerts par mois !
Ces quelques carences ne doivent pas faire oublier la vitalité des musiques actuelles en Auvergne : en 2005, la Sacem a ainsi dénombré 2 724 soirées avec concerts de musiques actuelles dans notre région, soit près de 230 par mois ! Ces rencontres entre un public, souvent exigeant, et les artistes s’opèrent dans des salles les plus variées. Il y a bien sûr les grosses machines, comme le Zénith d’Auvergne ou Athanor, destinées à accueillir les tournées les plus populaires, des artistes confirmés, avec des jauges dépassant les 4 000 places.
Mais, en réalité, les lieux cultes de la programmation des musiques actuelles sont ailleurs ! Le temple de ces cultures multiples, La Coopérative de Mai, assure la jonction entre Clermont et Montferrand. Véritable tremplin pour les jeunes artistes régionaux, c’est aussi une résidence d’artistes qui a ouvert ses portes à Mickey 3D, Louise Attaque, Corneille, Olivia Ruiz, etc. Aujourd’hui, elle assume son rôle de locomotive en détectant les talents de demain, toujours à la recherche de nouvelles têtes, de nouveaux sons.
Salles de concerts… et salles des fêtes
Pour mener à bien cette mission, Didier Veillault, directeur de la “Coopé”, peut aussi compter sur le Guingois, à Montluçon, une salle très jazz, le Métro, à Thiers, la MJC de Montluçon ou Les Murs ont des Oreilles, à Moulins. À Saint-Bonnet-près-Riom, Le Gamounet est, quant à lui, plus branché dans la diffusion de musiques traditionnelles. Et à côté de ces structures entièrement dédiées aux musiques actuelles, une dizaine de salles jouent la carte de la pluridisciplinarité. C’est le cas, notamment, de La Baie des Singes, à Cournon-
d’Auvergne, d’Animatis, à Issoire, d’Isléa, à Avermes, de La Capitainerie, à Joze, ou encore du Sémaphore, à Cébazat, qui est conventionné “scène théâtre et chanson” par l’État. Quelques bars musicaux ont également acquis une solide réputation de lieux de diffusion, à Moulins, Saint-Pourçain-sur-Sioule, Clermont-Ferrand et Vertaizon. Du côté du Cantal et de la Haute-Loire, en revanche, c’est encore le désert ! Du coup, salles des fêtes, théâtres municipaux et centres culturels prennent le relais, sans réel traitement acoustique ni espace scénique adapté.
Des festivals partout.
Qu’on se rassure ces inégalités territoriales, bien réelles, s’estompent dès la fin du printemps. Fini les concerts dans les salles polyvalentes…place aux festivals en plein air ! Durant quelques mois, l’Auvergne se transforme alors en gigantesque scène. Et il y en a pour tous les goûts, de la musique country, à Craponne-sur-Arzon, au jazz, dans le Bocage bourbonnais. Le coup d’envoi de la saison musicale de l’été 2007 revient à un nouveau venu dans le paysage des festivals auvergnats : EuropaVox, qui consacre la jeune scène rock en Europe. Quant à ceux qui n’en pincent pas pour les musiques actuelles, ils bénéficient d’une programmation non moins riche, avec des références comme Bach en Combrailles ou le Festival de La Chaise-Dieu…
10, 2007
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Une jeune journaliste de La Montagne remporte le premier prix Varenne 2008.
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