Région, Département et communauté d’agglomération aux commandes
L'aéroport paré à redécoller
Une ville comme Clermont-Ferrand sans aéroport digne de ce nom dans ses environs ? Impensable. Un syndicat mixte émanant des collectivités locales est donc en piste pour suppléer l’État, propriétaire de l’infrastructure d’Aulnat jusqu’à la fin de l’année.
Au 1er janvier 2007, les collectivités locales vont hériter des aéroports de province.Celui de Clermont-Ferrand fait partie des plus gros parmi les 151 établissements transférés, étant donné que l’on excepte du dispositif la douzaine de grands aéroports français (Lyon, Nice, Marseille, etc.), de même que des structures d’envergure plus modeste, type Aurillac ou Le Puy-en-Velay pour l’Auvergne. Un passage de relais bon gré mal gré, décentralisation oblige : les Régions étaient invitées à se porter acquéreuses, faute de quoi le préfet – c’est-à-dire l’État – pouvait les désigner d’office… Région, Département du Puy-de-Dôme et agglomération clermontoise se sont donc rassemblés au sein d’un syndicat mixte en vue de reprendre le titre de propriété. « Nous sommes condamnés à réussir », analyse René Souchon, nouvellement élu à la présidence de ce syndicat mixte. Car derrière cette union sacrée apparaissent des craintes partagées quant à l’avenir de cette infrastructure indispensable au rayonnement économique de l’Auvergne.
Un levier économique
« Sur les lignes Clermont-Ferrand/Paris, 60 % de la fréquentation est assurée par une clientèle d’affaires », rappelle Jean-Marie Plasse, le directeur de l’aéroport. Même écho du côté des chefs d’entreprise : « Si l’aéroport devait disparaître, ce serait un vrai désavantage concurrentiel par rapport à nos autres usines dans le monde et cela poserait, inéluctablement, des problèmes en termes de développement », prévient Denis Lavenant, le chargé de communication des laboratoires pharmaceutiques MSD Chibret. Mais la plate-forme d’Aulnat n’est pas seulement un lieu de passage : selon Jean-Marie Plasse « entre l’AIA, Auvergne Aéronautique, la maintenance de Régional Airlines, des entreprises telles que NSE Intégrations ou SECCMAS (1), la piste fait travailler plus de 2 000 personnes aujourd’hui ».Si autant d’inquiétudes se manifestent, c’est que l’aéroport clermontois traverse, depuis quelques années, de sérieuses turbulences. Le décrochage intervient en 2003 quand Air France devient le seul maître à bord. La compagnie, qui a racheté Régional Airlines, réduit la voilure, supprime des lignes et diminue les fréquences des vols. C’est la chute libre pour Clermont-Ferrand, au profit de Lyon. Depuis, l’aéroport perd 1,5 million d’euros par an. Chargée de la gestion du site, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) s’endette, par le biais d’avances que l’État promet de rembourser en cas de déficit. Résultat : alors qu’elle en est à 12 millions d’euros de sa poche, elle décide d’abandonner la concession de l’aéroport fin 2006 (2). À l’État maintenant de rendre l’argent.
700 000 euros dès 2007
« Nous ne souhaitions pas cette décentralisation aéroportuaire, mais, bien sûr,nous prenons nos responsabilités, commente René Souchon. Nous sommes conscients du rôle capital de l’aéroport. Cela étant, nous mesurons aussi sa fragilité en termes d’offre et de résultats d’exploitation.» Car, dès son budget 2007, la Région devra réserver 700 000 euros pour faire face à cette responsabilité nouvelle. Et tandis que le syndicat mixte assurera la direction du site, l’État, lui, gardera la mainmise sur les services de la météo, de la police et des douanes.
Les stratégies à l’horizon
Malgré ses difficultés, il semble que la chute soit stabilisée pour l’aéroport : il enregistre une nette progression de sa desserte parisienne et une croissance de 40 % du trafic charter par rapport à 2005. De plus, ses initiatives, comme la ligne saisonnière avec Lisbonne, sont un succès, avec plus de 73 % de remplissage des vols. Enfin, le projet Oasis, destiné à proposer sur le site un ensemble de services (stockage d’avions, maintenance associée,suivi technique et financier, etc.), s’est matérialisé avec la création de la société Airset, à laquelle la Région participe à travers l’Agence régionale de développement économique d’Auvergne.
Néanmoins, trois axes stratégiques se dessinent. La ligne Clermont-Ferrand/Paris, rentable avec ses huit allers-retours quotidiens, pourrait encore progresser si l’on améliorait la capacité des avions sur la liaison avec Roissy. Le hub ,garanti jusqu’en 2009, devrait pouvoir être boosté en créant des “lignes niches”, telles Clermont-Ferrand/Lisbonne, et en développant les charters. Reste à convaincre Air France d’accompagner de tels projets. Enfin, l’Auvergne peut compter sur sa fréquentation touristique pour accompagner le mouvement. Le nombre de nuitées pour des étrangers a connu sur les six premiers mois de l’année 2006 une hausse de 4,5 %, un boom de 5,3 % en juillet… avant un repli estimé, à titre provisoire, par l’Insee de 5 % en août.
Montée en flèche et trous d’air
En 2002, l’aéroport affichait avec fierté son million de passagers, dépassant de loin l’objectif des 700 000 fixé pour 2005. La structure, accédant au top ten des aéroports français, totalisait alors 38 lignes vers les grandes villes de France et d’Europe. Quatre ans plus tard, les chiffres sont retombés à moins de 600 000 passagers et seulement 16 lignes.
(1) Parmi les entreprises du pôle aéronautique auvergnat, NSE Intégrations est spécialisée dans le câblage et l’installation sur aéronefs, Auvergne Aéronautique fabrique des pièces chaudronnées, la SECCMAS produit des pièces de tôlerie et d’aéronefs…
(2) La CCI restera gestionnaire de l’aéroport à titre transitoire en 2007.
1, 2006
Météo
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