Dossier
Laprugne
L’autre cité radieuse
Les coups de pouce fiscaux sont parfois nécessaires pour attirer les investisseurs dans des territoires ruraux. Exemple dans l’Allier.
Le tourisme, créateur d’emplois non délocalisables et moteur du réaménagement du territoire, soit ! Mais pour en arriver là, les questions de rentabilité et de retour sur investissements sont regardées à la loupe par des professionnels qui ne sont pas des philanthropes. Un sujet encore tabou… Derrière le comptoir de l’Auberge de la montagne de Laprugne, Christophe Derimmers ne décolère pas : « Intéressez-vous plutôt aux petits comme nous qui sacrifions tout pour faire vivre la Montagne bourbonnaise.» Il se bat depuis près d’un an pour faire connaître son village… Il faut dire que le sujet de toutes les conversations, c’est l’histoire à rebondissements du Cordat, des barres HLM construites pour héberger les salariés de la Cogema travaillant à la mine d’uranium. En 1980, l’exploitation s’arrête. La cité HLM se vide. Deux ans plus tard, ce site improbable entame une seconde vie : le tourisme social. Les logements des mineurs deviennent un village-vacances. Le plus grand de toute l’Auvergne. Une fois le projet amorti,dix-huit ans plus tard, la société HLM décide d’abandonner Le Cordat. Commence alors une nouvelle période de déshérence avant que le groupe Simbiosis ne s’y intéresse. Avec lui, Le Cordat devrait trouver un nouveau souffle. C’est du moins l’engagement du promoteur, quia racheté l’ensemble pour le transformer en résidence hôtelière, à l’instar de ce qu’il a déjà fait à La Bourboule, avec Les Iles britanniques .Il annonce à terme 177 appartements avec des prestations « de grand standing »: trois ou quatre terrains de tennis, un sauna, des salles de jeux,deux piscines… Sur Internet, le projet est plutôt séduisant. Sur place, les retards pris par le chantier, qui vient à peine de débuter trois ans après la signature du permis de construire, nourrissent les inquiétudes. Le promoteur annonce une livraison pour octobre 2005.
Opportunité immobilière
À l’auberge communale, les avis se croisent et ne se ressemblent pas. Il y a ceux qui sont emballés. Mais, comme Corinne, beaucoup s’interrogent : « Ça va profiter à qui, tout ça ? Aux habitants de Laprugne ? Le Cordat vivra sur lui-même, avec seulement une restauration rapide. Il n’apportera rien à la Montagne bourbonnaise! C’est un beau projet, mais uniquement pour ceux qui y résideront. » Un autre ajoute : « Vous savez comment ça marche une résidence hôtelière ? C’est un produit financier extrêmement avantageux. » Ceux qui seront amenés à venir sur place pour gérer la résidence préfèrent, eux, parler « d’opportunité immobilière et fiscale ». Et promettent de jouer le rôle de locomotive touristique. Mais, tandis que les bulldozers sont au travail au Cordat, Laprugne s’enfonce dans le doute et la résignation: « Tiens, à la Virgule,on a supprimé les tables de pique-nique. Il y avait pourtant un beau point de vue », conclut un client de l’auberge.
11, 2005
Hier cité minière , Laprugne se tourne vers le tourisme
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