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Banquiers frileux, patrons prudents

Objectif : facilateur de crédit

La Région Auvergne explore de nouvelles pistes en matière de soutien aux entreprises. Estimant que la logique de subventions a montré ses limites, elle développera désormais des filières, des secteurs d'activité ou des territoires en difficulté. Surtout, elle encouragera les banques à accorder du crédit aux entreprises.

« Dans l’ensemble, les entreprises auvergnates sont saines,relève Catherine Bouchet, directrice de la Banque de France à Clermont-Ferrand. Leur rentabilité est même plutôt supérieure à la moyenne et les équilibres financiers sont satisfaisants. En revanche, les indicateurs du dynamisme ne sont pas aussi favorables : les investissements sont moins importants ici qu’ailleurs et ces entreprises exportent moins. Peut-être est-ce le signe de leur manque de confiance dans l'avenir. » « Le problème,c’est plus un manque de visibilité qu’un manque de confiance », note de son côté Françoise Battut. Elle dirige une entreprise de tôlerie fine (découpe,roulage et pliage) avec cinq salariés, dans la zone de Ladoux dans l’agglomération clermontoise.Elle pointe du doigt une conjoncture incertaine :« Une plieuse vaut tout de même 110 000 euros.Alors, si c’est pour améliorer la productivité et se retrouver en sous-production parce que le travail arrive en dents de scie… »

Course à l'échalote
Ce n’est donc pas par manque d’argent que les patrons auvergnats rechignent à investir… C’est l’un des principaux enseignements issus des enquêtes de la Banque de France et l’une des raisons qui conduisent la Région Auvergne à changer sa politique de soutien aux entreprises.Accordant jusqu’à présent sa préférence au système des aides directes par le biais de subventions,elle appuiera désormais le développement de secteurs économiques. Il s’agit de structurer, avec les industriels et des experts, les filières identifiées comme des secteurs clés. Pour cela, la Région pourra établir des équipes d’animation de projets liés à ces filières,puis investir dans leur développement par des actions de promotion, de financement d’infrastructures ou d’aide à la création d’entreprise.
« Les aides pour la création, la transmission ou la reprise d’entreprise sont maintenues par le biais de la subvention ou de l'avance remboursable parce qu’elles peuvent vraiment avoir un effet levier à un moment stratégique,précise Jacques Mizoule, vice-président du Conseil régional, En revanche, le système des aides directes a atteint ses limites. Les règles fixées par Bruxelles sont de plus en plus strictes :l’argent public ne doit pas intervenir sur les entreprises et fausser le jeu de la concurrence.Les fonds publics vont d’ailleurs se réduire partout. Bruxelles a diminué les fonds Feder2007-2013 par rapport à la période précédente.L’État, de son côté, est en quasi-cessation de paiements : il s’est déjà désengagé et continuera à le faire. Quant à l’effet réel des aides directes, nous avons quelques doutes. Elles ne représentent pas une part décisive du plan de financement. » Pire : elles entraînent parfois une chasse à la subvention publique plus ou moins déguisée et une surenchère souvent coûteuse pour le contribuable et incertaine pour les territoires engagés dans cette course à l’échalote.

De l'assurance des crédits
Plus que les subventions, ce sont les crédits bancaires qui conditionnent en réalité l’avenir des entreprises. Les banques ont accordé l’an dernier en Auvergne 1,5 milliard d’euros de crédits aux entreprises, ce qui représente un montant cent fois supérieur à celui que leur consacre la Région dans son budget ! « Le financement des entreprises,cela devrait être l’affaire des banques,constate Jacques Mizoule. Mais les petites et moyennes entreprises n’accèdent pas si facilement au crédit. » Françoise Battut est de son avis, qui estime que « les banquiers sont extrêmement frileux. L’un d’eux à qui je réclamais un prêt pour acheter une machine, alors que ma trésorerie était saine, m’a dit :“Vous me demanderiez de financer une Porsche,je ne dirais pas, mais une machine-outil...”. » Pour mettre en œuvre ce soutien financier,la Région vient de créer un fonds régional dont la fonction sera d’apporter à l’établissement de crédit l’assurance que le prêt qu’elle accorde sera remboursé jusqu'à70 %. Pour 2006, ce fonds est abondé de2,35 millions d’euros. « C’est une contribution encore modeste, mais nous devons régler les factures des aides précédemment accordées.Après, le dispositif montera en puissance » ,annonce Jacques Mizoule qui, au passage,promet que ces aides nouvelles feront l’objet d’une évaluation précise, « à livre ouvert ».

1, 2006
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La Région apporte du crédit aux entreprises

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