Premier concours régional d’architecture bois
Le bois auvergnat a son prix
Chichement utilisé dans la construction, le bois auvergnat a reçu un coup de pouce du Conseil régional avec le lancement des premiers prix architecture bois. Certains lauréats attendent de la filière davantage de compétitivité dans un marché mondialisé où la construction bois a pris la vague éco citoyenne.
Architecte à Trévol (près de Moulins), René Imholz était doublement destiné à utiliser le bois dans la construction : « Je suis suisse, et mon nom signifie “dans le bois”. C’est dans ma culture : je réalise pas mal de bâtiments dans lesquels le bois est très présent. » On ne voit pas pour autant pousser en Sologne bourbonnaise des chalets “sam’ suffit” en bois intégral…
« L’architecture bois, ce n’est pas le tout-bois suisse ou savoyard. On peut associer le bois au béton ou à l’acier, mettre une structure en lamellé-collé sur des poutres en acier, par exemple. » Binôme de béton et de bois, le centre d’accueil et de loisirs qu’il a construit près d’un château dans le parc de la Pérelle, à Domérat, a reçu l’un des six prix architecture bois décernés cette année par le Conseil régional, souhaitant ainsi promouvoir la filière bois en Auvergne . Car celle-ci a beau représenter 1 260 000 m3 de bois, transformés chaque année par 200 scieries, réunir 4 200 entreprises et 7 600 emplois directs, elle reste un bonsaï dans la jungle du marché mondial. Lauréat dans la catégorie “constructions publiques” avec un complexe sportif intercommunal à La Tour-d’Auvergne (au pied du Sancy), son confrère chamaliérois François Bouchaudy confirme les handicaps des essences locales face à la concurrence :« On essaie de prescrire des bois locaux dans les appels d’offres, mais les menuisiers et les entrepreneurs du bâtiment vont les chercher ailleurs. Le marché des matériaux est mondial :sur des chantiers du coin, on voit du granit du Brésil, de la lave de Chine…Le bois n’échappe pas à cette réalité. Cela changera peut-être avec la hausse du pétrole.». Selon lui, « des démarches comme le label HQE (Haute qualité environnementale) vont fait du bien. Avant, les collectivités n’étaient pas intéressées par le bois. Maintenant, il est devenu une image forte, un symbole : on en introduit de plus en plus, même chez les bailleurs sociaux.».
Vaincre les réticences
René Imholz, lui, reconnaît avoir encore du mal à persuader les décideurs publics : « Les collectivités n’admettent pas que le bois est un matériau vivant, qu’il a besoin d’entretien comme une bagnole, qu’il change avec le temps. Il faut être très motivé pour vendre du bois.Lancer une campagne comme celle-ci, c’est bien, mais la bataille est loin d’être gagnée.». Du côté d’Auvergne Promobois, on se prépare à récolter les millions de mètres cubes de pin Douglas arrivant à maturité. Star imputrescible des charpentes, cette essence pourrait changer la donne de la construction régionale : « De plus en plus de scieries s’équipent en séchoirs, en unités de traitement du bois", explique Jean-Pierre Mathé, l’un des animateurs de cette interprofession née en 1982 et qui a vu le marché évoluer depuis le début des années 2000. " Il y a une prise de conscience environnementale. Une maison à ossature bois, c’est 30 % d’énergie consommée en moins.».
Dans ce domaine, l’Auvergne serait plutôt à la pointe.« La moyenne nationale est de 4 % de maisons à ossature bois dans les constructions neuves. On en est à 12% dans le Cantal, 10,5% dans le Puy-de-Dôme, 6,9% en Haute-Loire et 3,6 % dans l’Allier », confirme Jean-Pierre Mathé. Bref, le tableau ne serait pas si noir, y compris dans le dialogue avec les architectes. « En 2006,nous organiserons des formations afin de leur faire connaître les possibilités du bois auvergnat. On a intégré leur façon de procéder Mais il nous faut davantage de réactivité, de capacité à s’adapter à la demande, à faire du sur mesure. »
La filière pourrait peut-être s’inspirer de l’exemple de la Loire, cité par la Stéphanoise Aline Duverger, récompensée avec l’agence SARM dans la catégorie “logement collectif” pour la maison de retraite de Dunières (Haute-Loire) : « La Loire est un département très forestier, où l’interprofession rassemble tous les protagonistes et se montre assez active. Cela permet de compenser l’un des handicaps de la filière bois, produite par des milliers de propriétaires privés. Ceux-ci n’ont pas une conscience industrielle du bois, contrairement au lobby du béton ou de l’acier.».
15, 2006
Le complexe sportif de La Tour-d'Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, fait partie des réalisations saluées par le prix architecture bois.
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