Au galop vers le boulot
À Yssingeaux, de jeunes adultes se préparent pendant un an au métier de moniteur d’équitation. Petit tour de manège...
Portrait d'un brevet
Le plus vaste manège couvert d’Auvergne se trouve là. Il fait partie des installations du cercle hippique d’Yssingeaux. À 30 mètres, des écuries pour une soixantaine de chevaux et de poneys. À côté, une carrière dans laquelle tournent une dizaine de cavaliers sur leur monture. Et puis une vaste prairie pour le cross. Chaque année, dix stagiaires profitent des équipements du centre hippique pour préparer en alternance un diplôme qui leur permettra d’enseigner l’équitation. Son intitulé est à lui seul une épreuve d’endurance, le BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et des sports) – mention équitation, autorise son titulaire à embrasser une profession usante physiquement, méprisant les horaires, mais dans laquelle il retrouvera celui qui, pour lui, mérite tous ces sacrifices : le cheval.
Deux Thierry pour un manège
Thierry Debladis est, depuis un an et demi, le responsable pédagogique de cette formation qui, en dix ans d’existence, a donné au monde du cheval une centaine de moniteurs. Avant, il a travaillé chez des éleveurs et un marchand de chevaux. Il explique : les dix stagiaires ont au moins 18 ans. Souvent, ils ont déjà travaillé ou sont demandeurs d’emploi. La formation dure onze mois, en alternance : mercredi et samedi en entreprise, dimanche et lundi de repos, les trois autres jours à l’école. Cette année, le plus jeune a 21 ans, le plus vieux, 38, mais l’an dernier, il y avait un quinquagénaire. On accède à la formation après des tests de sélection et un entretien. « C’est quand même un métier de dialogue. ». Les candidats doivent avoir au minimum un niveau d’équitation sanctionné par un “galop 6” (comme l’échelle de Richter, ça va jusqu’à 9. 7, c’est le niveau qui permet de faire de la compétition).
L’enseignement couvre l’animation et la pédagogie sportive, la technique à cheval et un ensemble de connaissances générales du cheval. Et le diplôme donne le droit d’enseigner l’équitation contre rémunération.
Le directeur du Centre de formation professionnelle pour adultes, dont dépend la formation, est venu en voisin nous rencontrer. Il s’appelle Thierry Quesada. L’air sympa, pas la tête d’un“dirlo”, il est passé nous parler de la situation professionnelle de tous les stagiaires de l’an dernier. Ils étaient huit et tous ont donné de leurs nouvelles. Six ont trouvé un emploi dans leur métier, un continue ses études avec le projet de créer une ferme équestre et de faire de l’élevage. Le dernier a échoué à l’un de ses examens et dispose de cinq années pour le repasser et valider son diplôme.
Angélique en attendant son poney-club
Angélique a 22 ans. Elle vient de Moissat, dans le Puy-de-Dôme, où ses parents sont agriculteurs. Elle a déjà un brevet d’enseignement professionnel agricole “Accompagnateur de randonnées équestres” et un bac pro “Conduite et gestion d’une exploitation agricole”. C’est la Région qui finance sa formation. « Je passe le BPJEPS pour donner des cours d’équitation. J’envisage de m’installer mais plus tard, quand j’aurai vu ce que font les autres. J’aime l’animation et je souhaite créer un poney-club. » Elle anime le cours sur le terrain de cross. Les obstacles sont “naturels”; cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas été faits par l’homme, mais simplement qu’ils ne sont pas mobiles. Si le cheval les touche, ils ne tombent pas. Ils portent des noms évocateurs : tire-botte, piano, coffre, petite maison ou toit de bergerie. Il y a un vent terrible. Elle s’égosille : « Équiliiiibre, Céciiiile ! » Sur le cross, la difficulté est de faire accélérer les chevaux entre deux obstacles pour ne pas perdre de temps et de les faire ralentir pour passer l’obstacle. Comme ils sont en extérieur, ils ont tendance à se défouler et à partir au grand galop si on ne les retient pas. Thierry Debladis commente : « Elle, il faut lui dire d’arrêter d’arriver sur l’obstacle rennes longues. » Angélique a un autre reproche à faire à une cavalière qu’elle trouve trop assise sur sa selle : « Le cul dans la brouette, ça n’existe pas en cross. »
Pierre-Arnaud, retour au cheval
Pierre-Arnaud est sur la touche. Lors d’une compétition, il a chuté; son cheval s’est un peu allongé sur lui et lui a mis l’épaule en vrac. Les risques du métier. Il approche la quarantaine, vient de l’Allier.« J’étais automaticien-informaticien à la Sediver, à Saint-Yorre. L’été dernier, j’ai été licencié économique. Je voulais me mettre à mon compte et j’ai pour ça visité des boîtes, mais il fallait engager des sommes et c’était trop risqué. D’ailleurs, après un licenciement, on ne sait pas trop ce qu’on peut ou ce qu’on doit faire. Je faisais du cheval pour mon plaisir depuis des années et j’ai décidé de suivre cette formation, qui est payée par la Sediver. J’aimerais créer un poney-club, initier les enfants et les adultes à l’équitation. »
Marion au galop
Marion est au centre du manège. Elle anime le cours, à l’aise, déjà : « C’est le métier que je veux faire. » Elle surveille l’attitude des cavaliers, que leur position leur permette « d’encaisser le mouvement du cheval, fesses au-dessus de la selle, épaules en avant et regard au loin ». Pour son plaisir, elle pratique l’endurance et elle avait déjà un niveau “galop 7” en arrivant à l’école. Comme tous ses collègues stagiaires, elle sait que sa passion pour le cheval est l’ingrédient indispensable qui l’aidera à supporter les difficultés de la profession qu’elle veut embrasser. Car, si le marché de l’emploi est favorable, il faut souvent bouger, commencer par faire des saisons, puis accepter des horaires élastiques, faire une croix sur ses week-ends et ne pas espérer mieux que 1 100 euros mensuels en débutant. Pour devenir riche, mieux vaut essayer le tiercé…
Cheval d’Auvergne : le retour.
Il a failli disparaître avec la mécanisation de l’agriculture. Le cheval d’Auvergne est un petit postier léger, un demi-trait à la robe baie. Des amoureux du cheval l’ont tiré de l’oubli et, à Rochefort-Montagne, les Carpentier proposent même de le monter en randonnée. Son dos court en fait un infatigable cheval de monte. Avec ses yeux maquillés, il a une tête très expressive et il est doux de nature. « Il a le caractère de l’Auvergnat, affirme Évelyne Carpentier. Il fait ce qu’il veut, mais il est très gentil... » L’association pour la sauvegarde et la relance du cheval d’Auvergne, qui milite afin d’étoffer le cheptel– actuellement de 150 têtes sur le Massif central –, a reçu le soutien financier du Conseil régional (3 000 euros) .
Métiers du cheval : une activité qui monte.
Outre Yssingeaux, deux sites auvergnats proposent ou proposeront bientôt des formations liéesaux métiers du cheval. La Maison familiale et rurale de Saint-Flour (Cantal) dispense un BPJEPS à une vingtaine de candidats. De son côté, le Centre de formation des apprentis d’Aurillac a demandé à la Région, qui l’a acceptée, l’ouverture d’un brevet professionnel agricole “Activités hippiques, accompagnement de randonnées équestres”. Dès la rentrée prochaine, huit à quinze apprentis devraient intégrer cette formation, pendant laquelle ils profiteront de la proximité des haras nationaux.
30, 2006
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