Dotation de restauration aux lycées
La solidarité sur un plateau
Confrontées à la précarité sociale et aux difficultés financières, de plus en plus de familles rognent sur le budget alimentation. Pour certaines, payer la cantine devient parfois un casse-tête. Depuis la rentrée scolaire, le Conseil régional a choisi de leur donner un coup de pouce.
Quel adulte n’a pas lancé à un jeune en construction la phrase censée faire mouche : l’adolescence, c’est l’âge ingrat ! Bah… Si elle exaspère parfois les parents, cette transition est surtout une transformation, physique, intellectuelle et morale. Une transformation qui s’accompagne de fragilités, de doutes existentiels, de certitudes excessives, d’un manque de repères. Et dans ce monde où tout est bouleversé, le rapport à la nutrition n’est pas une question annexe. Or, dans certaines familles, le budget alimentation est parfois ramené au régime sec, avec des conséquences non négligeables en termes de santé publique et de troubles alimentaires. À titre d’exemple, une étude engagée en 2003 dans trois départements français mettait en lumière les relations entre l’obésité des adolescents et la précarité. Ainsi, 21% des jeunes sont confrontés à des problèmes de surpoids dans des familles où un seul parent travaille à temps partiel. Le résultat est comparable dans les foyers où le budget alimentaire familial pose problème. Même conclusion auprès des adolescents qui ne sont pas partis en vacances l’été précédent. « Une famille recomposée, une position précaire des parents par rapport à l’emploi et un budget alimentaire familial problématique sont associés à un risque plus important d’obésité », concluent les auteurs de cette enquête.
Frais de bouche
En Auvergne, cette rentrée scolaire a donc un parfum social du côté de la cantine. Il est vrai que, depuis la loi de décentralisation du 13 août 2004, rendue applicable par le décret du 29 juin 2006, les Régions ont désormais compétence pour fixer les tarifs de restauration des lycées publics. Mais le Conseil régional a choisi d’aller plus loin, apportant une aide aux familles les plus défavorisées, du public et du privé, en prenant en charge leurs impayés de restauration. Car, sur le terrain, cette question n’épargne aucun lycée. Daniel Chicois, intendant du lycée Paul-Constant de Montluçon (1 150 élèves), mais également comptable des collèges de Domérat, Huriel et Désertines, le dit tout net : « Depuis quelques années, les difficultés s’accroissent ; il est de plus en plus difficile de recouvrer l’argent des pensions et des demi-pensions. » Même son de cloche dans le Puy-de-Dôme, à Romagnat, où selon Christiane Locussol, gestionnaire du lycée Vercingétorix (380 élèves), « l’évolution est claire : on ne connaissait pas cela auparavant. Sur le terme de juin, environ 10 % des élèves n’ont pas payé ». Dans le Cantal, Marie-Line Mignon, proviseure du lycée polyvalent de Mauriac (380 élèves), confirme cette proportion des impayés de restauration dans son établissement, de même que la tendance à l’augmentation des cas de familles surendettées : « Une de plus chaque année. » À Monistrol-sur-Loire (43), le lycée professionnel privé (230 élèves) est logé à la même enseigne (8 à 9 %), tandis qu’avec ses 535 élèves, le lycée d’enseignement général et technologique Notre-Dame-du-Château reconnaît qu’il n’est plus à l’abri des difficultés sociales, même si, ici, les impayés restent inférieurs à la moyenne régionale.
La fin de la débrouille
Pour cette première année, les élus régionaux envisagent de débloquer une dotation de 300 000 €pour l’ensemble des lycées de la région. À Montluçon, Daniel Chicois se félicite de cette aide régionale : « Après avoir sollicité toutes les aides de l’État, près de 17 000 €de 2006-2007 ne sont pas rentrés. Il nous faut pourtant épuiser ces créances. On va donc réexaminer les dossiers, faire intervenir de nouveau les bourses nationales et le fonds social lycéen, qui, hélas, n’est pas en augmentation. »
En milieu rural, comme à Mauriac, la proximité avec les familles autorise « des échéanciers à n’en plus finir… C’est la débrouille », concède Marie-Line Mignon, qui entrevoit, grâce à cet appoint régional, de « redéployer les fonds sociaux vers d’autres projets ». Christiane Locussol, à Romagnat, espère, elle, pouvoir « aider davantage les familles dont les revenus, même modestes, excèdent tout juste le seuil d’obtention des bourses. Pour elles, dont on sait qu’elles sont méritantes, s’acquitter des frais de cantine devient un casse-tête ! » Bernard Rocchiccioli, à Monistrol-sur-Loire, a déjà sollicité naguère la Région pour ses impayés de restauration : « Les montants étaient importants, mais elle nous a toujours aidés. »
Devoirs pratiques
Pour l’heure, le dispositif revendique une certaine souplesse, avec des aides ajustées aux besoins transmis par les lycées. Ce “droit de tirage” prend en compte le nombre d’internes, de demi-pensionnaires et de boursiers. Quant aux établissements, ils ont toute latitude pour définir les modalités d’instruction des demandes, les bénéficiaires ainsi que les montants attribués à chacun d’eux. Et cela en s’appuyant sur les commissions “fonds social lycéen” déjà mises en place dans les établissements. Le recours à l’huissier reste, bien évidemment, la procédure extrême, inscrite dans la logique comptable. « Elle est réservée aux mauvais payeurs patentés », tempère Marie-Line Mignon, qui poursuit : « Je n’ai toutefois jamais empêché un jeune de manger ou de coucher dans mon établissement. Si l’école républicaine se permettait cela, ce serait le monde à l’envers ! » Loin des grands discours, la solidarité fait partie, à l’école, des devoirs pratiques.
Tarifs : une augmentation contrôlée
Avant 2006, les tarifs de restauration des lycées publics étaient encadrés par un arrêté ministériel. Depuis, le taux d’encadrement est arrêté par la Région et les tarifs, adoptés par les élus. Pour le premier exercice, l’augmentation autorisée par rapport à l’année antérieure était de 2,2 %. Elle est cette année de 1,3 %. Quatre établissements ont cependant demandé une dérogation. Un groupe de travail, constitué de gestionnaires de lycée et de personnels de la Région, a été mis en place en juin 2006 pour proposer des pistes de réflexion sur l’optimisation des tarifs. « Tout d’abord, nous n’avons pas observé d’écarts très importants entre les lycées, précise-t-on à la Direction de l’éducation du Conseil régional. Près de 80 % des tarifs annuels des demi-pensions sont compris entre 400 et 500 €et 85 % des tarifs des tickets de repas sont inférieurs à 4 €. Nous devrons définir ce que doit coûter un repas et déterminer une stratégie. Par ailleurs, l’augmentation de 1,3 % cette année reste bien inférieure à celle des denrées alimentaires… »
Établissements publics
Nombre total de lycées : 65
Enseignement général et technologique (EGT) : 30
Enseignement professionnel (EP) : 25
Enseignement agricole (EA) : 10
Nombre total de lycéens : 33 990 (EGT : 20 019 ; EP : 11 000 ; EA : 2 971)
Établissements privés
Nombre total de lycées : 55
Enseignement général et technologique (EGT) : 27
Enseignement professionnel (EP) : 9
Enseignement agricole à temps plein (EA-TP) : 8
Enseignement agricole avec rythme approprié (alternance - EA-RA) : 11
Nombre total de lycéens : 11 518 (EGT : 6 672 ; EP : 2 763 ; EA-TP : 1 207 ; EA-RA : 876)
1, 2007
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Dans tous les lycées, publics ou privés, l’aggravation des difficultés sociales se ressent. jusqu’à la cantine.
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