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Éoliennes

L’Auvergne cherche un nouveau souffle

Championne du “tout-nucléaire”, la France s’est finalement engagée à produire 21 % de son électricité avec des énergies renouvelables d’ici 2010. Cet objectif nécessitera l’implantation de quelque 2 000 éoliennes dans l’Hexagone. En Auvergne, de la Montagne bourbonnaise au Cézallier cantalien, des Combrailles au Mézenc, les projets sortent de terre. Sur le plateau d’Ally, 26 éoliennes sont déjà en fonction. De son côté, la Région vient d’adopter un nouveau schéma éolien.

Pour se convaincre que les éoliennes sont déjà une réalité en Auvergne, il suffit de se rendre sur le plateau d’Ally, en Haute-Loire. Ici, on a appris à vivre avec le vent et à en exploiter toutes les richesses. Pas étonnant qu’aux cotés des moulins, les éoliennes aient poussé comme des champignons. Il y en a aujourd’hui 26, chacune présentant une silhouette de 120 mètres de haut ! Ally est désormais le plus grand parc éolien français, géré par une société canadienne. Dans des conditions optimales, le parc fournit une énergie de 39 mégawatts (MW), pouvant alimenter 32 000 foyers.

Priorité aux projets intercommunaux
Ignorant les centrales nucléaires, le territoire auvergnat avait jusque-là tendance à bouder ostensiblement l’éolien, tout en clamant haut et fort son attachement au développement durable et à la qualité de vie. Présenté en 2003, un premier schéma éolien élaboré par le Conseil régional amorçait une prise de conscience, mais les territoires jugés propices au développement de cette énergie n’étaient pas toujours les plus exposés aux vents ! Du coup, le 15 mai dernier, celui-ci a revu sa copie. Certains sites ont été réintégrés. Surtout,la Région Auvergne affirme son attachement à l’intercommunalité pour que les fermes éoliennes ne puissent voir le jour sans une adhésion de tous les territoires concernés. Une façon élégante d’éviter qu’une seule commune empoche la taxe professionnelle tout en implantant des mâts sous le nez du voisin ! Toutefois, si les collectivités locales entendent exposer leurs priorités en matière d’énergie et d’aménagement de leurs territoires, l’autorisation de construire des éoliennes relève au final de l’État, et de lui seul. La multiplication des projets éoliens en Auvergne n’est pas due au hasard. D’une part, les contraintes sur les régions littorales s’accentuent. Par ailleurs,le législateur a prévu de garantir, dans des zones a priori moins favorables à cette énergie, d’avantageux prix de rachat de l’électricité produite… et ce pendant douze ans. En outre, la construction des éoliennes est en pleine évolution. Les mâts sont de plus en plus hauts : ils permettent de capter des vents plus réguliers même s’ils sont moins forts en Auvergne qu’en Bretagne. Enfin, davantage d’élus locaux rêvent d’accueillir des éoliennes… comptant sur cette manne financière non négligeable pour trouver un nouveau souffle.

Les contraintes du réseau
Tous les obstacles ne sont pas levés pour autant. « L’implantation d’un parc éolien dépend aussi de sa capacité à être facilement raccordé au réseau de transport électrique », explique Loïc Le Quilleuc, de l’Ademe Auvergne. Ainsi, le câble qui relie les éoliennes d’Ally au poste de Langeac parcourt quelque 23 kilomètres. « Au-delà, cela devient très coûteux », souligne Jacques Lagaize, de la Drire Auvergne. Cette contrainte technique est hautement stratégique. Dans ces conditions, le réseau électrique auvergnat ne pourra, sans travaux conséquents, absorber tous les projets éoliens. En l’état actuel, des “heures d’effacement” sont même imposées aux machines. Or, cette mise à l’arrêt peut porter atteinte à la rentabilité d’un parc. Certains plaident donc pour un renforcement du réseau, avec, par exemple, une ligne de 225000 volts entre Savignac, dans le Cantal, et Issoire, dans le Puy-de-Dôme, au lieu des 63000 actuels. Selon Jacques Lagaize, « cela permettrait de récupérer 200 MW de capacité d’absorption ». Avant d’ajouter : « Il faut compter un investissement de 30 millions d’euros… » L’autre obstacle est plus sensible encore : la vitesse du vent dépend considérablement du relief, et, en Auvergne, le relief est une carte de visite, un élément identitaire, une pièce maîtresse dans la lecture des paysages. « Ce n’est pas parce que l’éolien est une énergie renouvelable que c’est une énergie sans impact », résume Loïc Le Quilleuc. Ardent défenseur des éoliennes, François Ciesieski anime l’association Ere 43. Pour lui, « les éoliennes doivent être mises en balance avec d’autres nuisances, d’autres attaques que subissent les paysages, comme les guerres liées au pétrole, les déchets nucléaires que l’on ne sait pas vraiment stocker ou les effets déjà visibles du changement climatique »!

Le parc s'en mêle
Alors, peut-on concilier le développement de l’éolien et la préservation des paysages ? Dans le Cézallier cantalien, le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne tente de relever le défi. En partenariat avec la Région et l’Ademe, il met la dernière touche à une étude sur 25 communes autour d’Allanche. « Nous voulons définir les zones les plus favorables, celles qui posent le moins de problèmes en termes de raccordement au réseau et de protection des sites, explique Guy Senau. Car il ne faut pas laisser les seuls opérateurs déterminer les zones de développement éolien. Il faut aussi faire entendre l’intérêt général face à des élus ou des propriétaires forcément enthousiastes. » Animateur du Centre du paysage de Lavoûte-Chilhac (43), Francis Rome prévient :« Il n’existe pas d’objet comparable à une éolienne. Les critères techniques de la machine sont assez figés et son implantation est guidée essentiellement par la présence du vent, la forme du relief et le statut juridique du terrain. Nous manquons encore de références. Mais une chose est aujourd’hui évidente : la réussite de l’intégration d’une ferme éolienne dans un paysage est la clé de l’acceptation sociale du projet. »

Un faux débat
L’architecte-paysagiste clermontois Claude Chazelle est intervenu sur le projet éolien de Saint-Jean-Lachalm. Plutôt que de parachuter les machines sur un massif forestier, il a fait valoir une tout autre option, dessinant des espaces déboisés pour mettre en scène les éoliennes. Ce professionnel, qui revendique un regard de plasticien, considère que la question de l’intégration paysagère des éoliennes est un faux débat. « Intégrer,cela n’a jamais voulu dire camoufler », assure-t-il, constatant que l’opinion se raccroche à «une imagerie datée du paysage, une vision ruraliste dépeinte par Millet ». Estimant qu’au nom de cette préservation des paysages, « le Mont-Saint-Michel, l’antenne du puy de Dôme ou le pont du Gard n’auraient jamais obtenu de permis de construire », Claude Chazelle vante les éoliennes avec passion :« Elles dégagent une poésie puissante et sont un pont entre l’activité humaine et un territoire.».  Avant de regretter : « Malheureusement , les industriels de l’éolien ont parfois tendance à penser au paysage une fois que tout est décidé. Ils nous demandent alors d’habiller un projet. On a lâché les loups dans les campagnes sans aucun garde-fou. Les schémas éoliens tentent de recadrer le débat… mais ils arrivent un peu tard. »

Qui sème le vent…
L'implantation de l'éolien en France fait intervenir de multiples acteurs, de la définition d'une zone de développement éolien à l’exploitation d’un parc.

  • Selon la loi du 13 juillet 2005, les zones de développement éolien (ZDE) sont définies parle préfet de département sur proposition des collectivités locales (communes, communautés de communes, établissements publics de coopération intercommunale). Dans deux ans, ces ZDE auront acquis une valeur réglementaire.
  • Les projets de parcs éoliens sont élaborés par des développeurs et des prospecteurs. Ils s’associent à des bureaux paysagers et des bureaux d’études pour les concevoir. En France, trois développeurs occupent principalement le marché : SIIF Énergies, une émanation d’EDF, la Compagnie du Vent et Eole-Res.
  • Les machines sont construites et montées par des entreprises spécialisées. Pour le parc d’Ally, les 26 éoliennes ont été fabriquées en Allemagne. À ce jour, quatre entreprises internationales se partagent 80 % du marché du grand éolien. À noter que les machines sont pilotées par un système de contrôle à distance.
  • Un parc éolien est géré par un exploitant, qui revend ensuite l’électricité produite à EDF. L’énergie ainsi produite empruntera alors le réseau français de transport d’électricité, exploité,entretenu et géré par RTE."

 

Enquête publique
Depuis la loi du 3 janvier 2003, la construction d’un aérogénérateurde plus de 25 mètres de haut nécessite une enquête publique, une procédure qui permet notamment aux citoyens de faire valoir leur opinion. À noter qu’à Ally, le plus grand parc éolien français a échappé à cette contrainte. En effet, le permis de construire a été signé par le préfet en octobre 2002.

6, 2006

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