Dossier
Ça s’arrose !
Le maïs, un géant de moins en moins vert
Face au réchauffement climatique et aux périodes de sécheresse qui s’accumulent, la préservation des ressources en eau devient un enjeu vital. Certaines cultures sont pointées du doigt, car trop gourmandes en irrigation.
On appelle cela un couac ministériel : en visite dans le Sud-Ouest de la France cet été, en pleine sécheresse, la ministre de l’écologie, Nelly Ollin, déclare que, compte tenu des ressources en eau, « il faudra faire reculer la culture du maïs dans les années à venir.". Ballon d’essai ou grosse bourde ? En tout cas, quelques jours plus tard, le ministre de l’agriculture, Dominique Bussereau, tente d’éteindre l’incendie médiatique,rappelant que « la France a besoin de maïs » et que « sa culture n’est pas menacée ». Trop tard : la polémique devient nationale, et l’association de consommateurs UFC Que choisir enfonce le clou, rendant les producteurs de maïs responsables de l’assèchement des nappes phréatiques.
Le maïs, mieux qu'une forêt !
Devra-t-on dès lors renoncer au maïs parce qu’il pomperait trop d’eau dans les nappes ? "Non", répond sans hésiter Jean-Claude Guillon, directeur de la stratégie et de la communication du groupe Limagrain, qui considère que « le bilan écologique du maïs est remarquable ». Installée à Chappes (63),la coopérative vend plus de 400 variétés de maïs dans le monde pour 20 % de son chiffre d’affaires. Dans sa lettre d’information parue l’été 2004, le semencier admet tout au plus que le maïs « n’est pas un cactus », mais reste « très économe de l’eau absorbée ». Ainsi, pour fabriquer 1 kilo de matière sèche végétale, il faut deux fois plus d’eau au soja qu’au maïs, ce dernier arrivant d’ailleurs après le blé et l’orge. Le maïs serait même, selon ce géant de l’agroalimentaire, la plante écologique par excellence, symbole de l’ingéniosité de la nature pour enrayer l’effet de serre, puisqu’il absorberait « de grandes quantités de gaz carbonique » et que 1 hectare de cette culture produirait deux à quatre fois plus d’oxygène que la même surface de forêt !
Ce plaidoyer pro domo est nuancé par la Direction régionale de l’Environnement. Pour Alain Guéringer,qui suit au sein de cette administration les questions agricoles, il faut considérer le problème dans sa globalité : « Contrairement aux céréales à pailles, le maïs est semé en mai et récolté à l’automne. Ses besoins en eau sont concentrés durant l’été, au moment où le déficit pluviométrique est le plus aigu et où les réserves sont les plus sollicitées. »
La station d'épuration, aussi bien que la nappe phréatique !
Afin d’épargner les nappes phréatiques, des voix s’élèvent. Les producteurs de maïs eux-mêmes recommandent le développement des stockages d’eau pour permettre l’irrigation des champs. « Construire de nouveaux barrages est l’un des moyens d’assurer durablement notre développement, assure Jean-Claude Guillon.Le Massif central reçoit près de 100 milliards de mètres cubes d’eau par an, mais sa capacité de stockage n’excède pas 2 milliards… »
D’autres pistes existent. Dans la Limagne noire, l’irrigation des maïs est directement approvisionnée par la station d’épuration de l’agglomération clermontoise. Chaque jour, de mai à septembre, 200 000 mètres cubes d’eau sortent ainsi de la station pour des bassins de lagunage, où ils subissent plusieurs étapes de purification par ultraviolets. Puis ils empruntent les 60 kilomètres de conduites enterrées qui concourent à l’arrosage de 700 hectares de maïs. Pour l’heure, ce système d’irrigation made in Auvergne est unique en France. Mais au nom de la préservation des nappes phréatiques, il pourrait rapidement s’exporter vers d’autres régions.
14, 2005
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