Réchauffement climatique ou coup de froid ?
Les scientifiques soufflent le chaud et le froid
Marie-Françoise André dirige le seul laboratoire français travaillant sur l’impact du changement climatique contemporain sur la vitesse de l’érosion dans les milieux polaires. Installée à Clermont-Ferrand, cette unité de recherche, placée sous la double tutelle de l’université Blaise-Pascal et du CNRS,scrute la fonte des glaciers, de l’Islande à l’Antarctique.
Sur quoi portent les travaux actuels de votre laboratoire ?
Nos sujets de recherche concernent avant tout les mutations des paysages polaires liées aux changements climatiques. Par exemple, on va pouvoir établir le calendrier du recul d’un glacier en mesurant, à la surface des roches libérées des glaces, le diamètre des lichens dont nous connaissons la vitesse de croissance annuelle.Nous travaillons aussi à partir de photos anciennes réalisées par des explorateurs et de photos aériennes récentes. On voit ainsi nettement le repli des langues glaciaires.
Vous êtes donc en contact direct avec le réchauffement climatique…
Indéniablement, il existe un réchauffement contemporain. Personne ne le conteste. On voit,au Canada, la forêt gagner du terrain sur la toundra.La véritable question, c’est de savoir si ce phénomène va durer ou s’il s’inscrit dans un cycle. C’est un sujet passionnant, qui divise profondément le monde scientifique. Certains chercheurs insistent sur les reculs spectaculaires de certains glaciers en Alaska ou en Patagonie.Les images sont impressionnantes et font la une des journaux. Mais ces glaciers ne représentent que 1% de la réserve glaciaire mondiale. Et sur les grandes masses que constituent l’Antarctique et le Groenland, les travaux scientifiques sont contradictoires. Les marges de ces gigantesques calottes de glace connaissent un recul accéléré,mais à l’intérieur, sur les hauts plateaux, là où la glace atteint jusqu’à 3 à 5 kilomètres d’épaisseur,la tendance est à la stabilité, voire à une légère augmentation. En effet, le réchauffement se traduit par des chutes de neige plus importantes.
Certains constats, comme l’élévation du niveau de la mer, semblent faire l’unanimité…
Oui, nous savons que le niveau de la mer s’élève de 2 mm par an et que certains secteurs, au Bangladesh ou en Floride, sont menacés par cette montée des eaux. Mais le débat sur l’origine de ce phénomène incontestable existe. Pour certains chercheurs, ce n’est pas la fonte des glaciers qui serait en cause, mais la dilatation thermique des océans. Nous sommes donc dans l’incertitude,même si les deux causes possibles sont liées au réchauffement du climat.
Le fait que les activités humaines participent à ce réchauffement est-il aujourd’hui admis ?
Globalement, oui, l’influence de l’homme paraît discernable. Mais quelle est sa part de responsabilité ? Je n’ai pas la réponse ! Depuis le milieu du XIXe siècle, notre monde a connu à la fois la révolution industrielle et une activité solaire accrue. Au cours du XXe siècle, sur l’ensemble de la planète, les températures ont augmenté en moyenne de 0,6°C. Des scientifiques tablent sur une hausse des températures qui pourrait atteindre 4 à 5°C à l’horizon 2 100, ce qui serait considérable, et certains astronomes pensent même que la période chaude qui est la nôtre se prolongera encore 50 000 ans.
D’autres estiment, au contraire, que nous sommes à l’aube d’une nouvelle période glaciaire et que l’effet de serre pourrait permettre de retarder les conséquences de ce changement climatique. Certains chercheurs avancent même l’idée que, d’ici 2040, nous connaîtrons une baisse de l’activité solaire, qui se traduira par un coup de froid planétaire. C’est une hypothèse intéressante, car, en 2040, certains d’entre nous seront là pour vérifier ! En fait, la clé de ces débats est peut-être au fond de l’océan.Des chercheurs travaillent très sérieusement sur l’hypothèse d’une modification profonde des échanges d’énergie et de chaleur entre les pôles et les tropiques. En effet, du fait de l’évolution du climat, particulièrement sensible depuis les années 90, la fusion des icebergs injecte dans l’océan de grandes quantités d’eau douce qui ralentissent la circulation océanique et les retours d’eaux chaudes par le Gulf Stream.Ainsi, le réchauffement climatique pourrait se traduire par un refroidissement sensible des côtes européennes. Le problème, c’est que toutes ces hypothèses peuvent être compatibles ; elles sont fondées sur des échelles de temps qui ne sont pas les mêmes.
Face à ces phénomènes et à ses conséquences écologiques, économiques, humaines, que peut faire l’homme ?
Notre premier devoir, en tant que citoyen, c’est de respecter le principe de précaution, en réduisant nos émissions polluantes. Mais on devrait pouvoir le faire sans pour autant relayer des discours politiquement corrects et des raccourcis tels que : le climat se réchauffe, les glaciers fondent, la lagune de Venise disparaît.Les systèmes de causalité sont souvent plus complexes. Beaucoup de paramètres commandent l’évolution du climat et tous ne jouent pas sur les mêmes échelles de temps : il est essentiel de poursuivre les recherches. Or, le temps des politiques et des scientifiques ne coïncide pas toujours avec le temps des évolutions climatiques.Pour ma part, en tant que scientifique, je revendique l’incertitude qui pèse sur l’avenir climatique de la planète, à court et moyen terme.
Au 1eroctobre 2005,malgré les précipitations abondantes enregistrées dans certaines régions début septembre, les sols superficiels restaient particulièrement secs dans 35 départements français, dont l’Allier.Source : Météo France.
8, 2005
Clermontois sur la banquise
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