Dossier
L’Auvergne soigne son accueil
Ils ont fui les grandes villes, ils ont laissé derrière eux les embouteillages, l’inflation de l’immobilier et le stress pour se mettre au vert… rêvant d’une campagne idéale où ils vivraient enfin en harmonie avec la nature. L’atterrissage a été parfois un peu brutal. Comment bien accueillir ces Auvergnats d’adoption ?
"Every day, I buy some bread, each,,," Colette interrompt Evelyne : "Non pas each !" Tous les mercredis après-midi, entre deux parties de scrabble, la langue de Shakespeare résonne dans la salle 312 occupée par les bénévoles d’Accueil des villes françaises (AVF) à la Maison des associations de Thiers. Animatrice de cette conversation anglaise, Diane Waring a bénéficié des services d’AVF lors de son arrivée en Auvergne en 2003. En retour, elle fait partager aujourd’hui ses connaissances. « Nous ne sommes pas un club de loisirs mais des acteurs de l’intégration», explique Claire Fioretto, responsable de l’antenne thiernoise. Sa première difficulté consiste à localiser le nouvel arrivant afin de lui proposer toute une panoplie d’activités. Et tous les moyens sont bons : achat de fichiers à La Poste, mais aussi pistage des camions de déménagement dans les rues de la vieille ville, sans oublier l’identification des derniers inscrits à l’école de musique, une méthode qui a fait ses preuves.
« On pensait être attendus ! »
Longtemps, l’accueil des nouveaux arrivants en Auvergne a été essentiellement l’affaire d’associations, où les bonnes volontés étaient sollicitées jusqu’à épuisement. Mais face à la désertification des campagnes, à l’érosion démographique et à ses conséquences en cascade, collectivités locales, structures intercommunales et chambres consulaires ont dû à leur tour s’investir et accorder leurs violons. Avec des réussites encore nuancées…
Patrick Curien a quitté le Val-de-Marne en juin 2004 pour le Livradois-Forez, où il a installé son entreprise de formation à l’informatique et de création de sites Internet. Son parcours est presque classique : le ras-le-bol des pollutions, des embouteillages quotidiens, de la vie chère, puis un déclic après des vacances en Auvergne qui lui rappellent son enfance dans la ferme de ses grands-parents, à Saint-Germain-l’Herm, dans le Puy-de-Dôme. « Nous n’avions pas de destination arrêtée, mais, au moment du choix, ces racines ont joué : elles nous rassuraient et nous donnaient des repères », se souvient-il. Il optera pour Cunlhat, une commune qui s’apprête alors à recevoir le haut débit, une condition sine qua non pour lui. S’il mesure très concrètement les bénéfices de cette nouvelle vie, son récit laisse néanmoins pointer l’amertume sur les conditions de son installation : « Quand on veut aller quelque part, on y va, de toute façon… Mais c’est vrai qu’après les tout premiers contacts, on avait le sentiment d’être attendus… La réalité est un peu différente. Les actes ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions affichées. On a parfois le sentiment d’être baladés. » À ses yeux, les dispositifs déployés pour faciliter l’arrivée d’un porteur de projet ne sont pas toujours pertinents : « Plutôt que des aides qui nécessitent souvent des démarches compliquées, il serait plus judicieux de constituer des réseaux de contacts. Mais ce qui manque encore davantage, c’est une écoute, un intérêt particulier. Si vous voulez faire venir en Auvergne des gens différents, prêts à quitter la région parisienne pour se mettre au vert, il faut accepter d’avoir une économie différente, plus réceptive aux nouvelles technologies. Les éleveurs, en Ile-de-France, il n’y en a pas beaucoup… Or, nos interlocuteurs nous regardent souvent comme des extraterrestres… »
Un enjeu culturel
Intégrer l’accueil dans les politiques de développement rural, comprendre la démarche d’un créateur d’entreprise et l’aider dans la formulation réelle de son projet,analyser les attentes d’une famille qui s’installe en Auvergne, lever les obstacles administratifs en proposant un interlocuteur unique, penser le parcours résidentiel d’un nouvel arrivant qui optera peut-être pour une agglomération avant d’envisager une vie à la campagne : tous ces enjeux sont désormais au cœur des stratégies déployées par les collectivités locales.
Le Conseil général de l’Allier a créé en 2002 une Mission Accueil Allier (MAA) en réponse aux prévisions inquiétantes de l’Insee. La mission a diffusé à ce jour 133 offres d’installations et reçu plus de 1 300 contacts. Et pour trouver de nouveaux habitants, il faut souvent mouiller la chemise ! En juin 2004, profitant du bicentenaire de la commune de Saint-Aubin-le-Monial, la MAA a présenté des offres d’installation à plus de 500 personnes qui avaient retrouvé leur village d’origine pour y faire la fête. On ne sait jamais…À cheval sur le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, le Parc naturel régional Livradois-Forez a intégré cette priorité de l’accueil depuis longtemps. Ici,on a choisi de tordre le cou aux éternelles rengaines sur les campagnes endormies et les déserts culturels où l’on s’ennuie ferme. Considérant que l’offre culturelle était un argument essentiel de l’attractivité d’un territoire, le parc a réussi à prouver que la création et la diffusion peuvent s’épanouir loin des lumières de la ville. Le succès rencontré par Cinéparc depuis 1989 en est une illustration.Autre exemple : dans le Cantal, l’agence Entreprendre au Pays d’Aurillac a réalisé un site Internet sur mesure. www.aurillac.biza été conçu comme un bureau virtuel mettant à la disposition des porteurs de projet toutes les informations pratiques pour les convaincre de franchir le pas. Avec, en prime, un forum de discussion et une bibliothèque en ligne. 30 visites sont enregistrées chaque jour et, depuis un an, une centaine de projets d’installation sont en voie de concrétisation.
Mariage de raison
Dans la foulée des Assises territoriales, le Conseil régional d’Auvergne a érigé l’accueil de nouvelles populations comme principe devant éclairer toutes ses actions. Pour convaincre les candidats à la création ou à la reprise d’entreprise, elle a conclu un partenariat avec la chaîne TV Demain !, qui, depuis novembre 2005, multiplie sur le câble et le satellite les reportages sur les Combrailles ou le pays de Saint-Flour et propose des portraits d’Auvergnats d’adoption. Mais faire connaître les atouts de l’Auvergne ne suffit pas…Tout récemment, le Conseil régional a donc décidé de regrouper des structures jusqu’alors éparses, voire concurrentes,au sein de l’Agence régionale de développement des territoires d’Auvergne. Le but de ce mariage de raison ? Favoriser la coordination des partenaires du développement territorial et conduire des programmes de prospection et d’accueil de nouvelles populations. Pour atteindre cet objectif, une “offre packagée”a vu le jour, permettant de rassembler les annonces d’entreprises à reprendre, les possibilités de logement, les services implantés sur le territoire concerné, des offres d’emplois pour un conjoint, etc.
Le point d’orgue de cette ouverture de l’Auvergne sur l’extérieur est programmé en juin prochain, avec la première Université européenne de l’accueil de nouvelles populations, qui se tiendra à Clermont-Ferrand. Occasion de débats entre spécialistes de la “bienvenue”, cette manifestation prend aussi des accents d’acte citoyen. « Dans le cœur historique de Clermont-Ferrand, sur la place de la Victoire, nous allons projeter un film mettant en scène notre détermination à bousculer la frilosité des Auvergnats et les cafés seront des lieux de débats, où nous inviterons ces nouveaux Auvergnats pour tisser des relations, expliquer leur parcours et créer de nouvelles solidarités », annonce Pascal Guittard, le directeur de l’Agence régionale de développement des territoires d’Auvergne. On connaissait déjà les Auvergnats de Paris. Il faudra donc désormais compter avec les Parisiens, les Lyonnais et les Marseillais… d’Auvergne.
Le choix d’un site
Pour un candidat à l’installation en Auvergne, la présence du haut débit est une clé indispensable ! Et pour capter ces habitants encore virtuels aux quatre coins de la France et même bien au-delà, les nouvelles technologies sont également un passage obligé,tout aussi efficace – sinon plus – qu’un salon professionnel ou que le traditionnel mailing. C’est pourquoi l’Agence régionale de développement des territoires d’Auvergne vient de procéder à la refonte complète de son site Internet dédié à l’accueil de nouvelles populations. Sur www.auvergnebienvenue.com,le futur Auvergnat trouvera forcément chaussure à son pied : un commerce à reprendre, un logement à acheter,les renseignements sur la commune choisie et les services à proximité, les possibilités d’emplois pour un conjoint,etc.
Afin de cibler au mieux l’offre auvergnate dans ce grand marché de la reprise d’activités, les requêtes des internautes français ont été passées au crible en janvier 2006. Durant ce mois, 17 500 internautes ayant un projet de reprise ou de création d’entreprise ont été repérés (dont moins de 8 % font une recherche avec une localisation déjà arrêtée), ce qui accrédite la place désormais centrale du Web dans la politique de prospection. Et quand l’internaute sélectionne l’Auvergne comme porte d’entrée, il joint à sa demande, six fois sur dix, des informations sur les aides possibles. Un besoin d’accompagnement qui n’apparaît pas ou peu quand le candidat lorgne sur la Bretagne ou la région Rhône-Alpes !"
Demandez le programme…
Organisée par le Conseil régional, l’Agence régionale de développement des territoires d’Auvergne et le collectif Ville Campagne, la première Université européenne de l’accueil de nouvelles populations se déroulera à Clermont-Ferrand les 28, 29 et 30 juin prochains. Au programme, des conférences pour “analyser et comprendre les mobilités” ou pour “construire les politiques d’accueil”. Le jeudi 29 juin, en soirée,cette rencontre entre spécialistes se transformera en véritable forum citoyen, avec café débat, projection de film et témoignages de “nouveaux Auvergnats”, le tout au cœur de Clermont-Ferrand, place de la Victoire. Plus d’informations sur www.accueil-populations.com.
La Foire aux idées
Événement économique incontournable, la Foire internationale de Clermont-Cournon se tiendra du 9 au 18 septembre prochains. Pour la première fois, elle présentera un pavillon du Massif central : 4 000 m2 dédiés aux savoir-faire agricoles, aux activités de pleine nature en moyenne montagne et… à l’accueil de nouvelles populations, qui fera l’objet de plusieurs tables rondes.
1, 2006
Les articles du dossier
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