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Pénurie de médecins

Les territoires ruraux se soignent

Dans notre région, de nombreux médecins généralistes devraient partir à la retraite dans les cinq ans qui viennent. Mais tous ne seront pas remplacés ! Même constat chez d’autres professionnels de santé : un quart des kinésithérapeutes auvergnats ont plus de 55 ans, et la situation est identique pour les chirurgiens-dentistes. Dans certaines communes rurales, les déserts médicaux gagnent donc du terrain. Comment enrayer ce déclin ? En Auvergne, les initiatives se multiplient.

«L’Auvergne est la terre des malades », écrivait Guy de Maupassant en 1884. En 2006, les malades sont toujours présents, mais, dans certains territoires, les médecins, eux, manquent singulièrement à l’appel. Du côté des généralistes, nombre de cabinets ne trouvent pas de repreneurs. Les spécialistes ne sont pas forcément mieux lotis, avec des problèmes sérieux qui se profilent dans la pédiatrie, la psychiatrie ou l’anesthésie. Du coup, les inégalités territoriales se creusent et accentuent des réalités inquiétantes : plus d’un Auvergnat sur dix réside à 30 minutes d’un bloc opératoire par la route, ce qui rend pour ces habitants l’accident cardiaque à hauts risques.

Déserts médicaux
Comment en est-on arrivé là ? Le diagnostic est unanimement partagé. Ainsi, la très sérieuse Cour des comptes indique que « la croissance des effectifs de médecins s’est faite sans autre régulation que celle très globale du numerus clausus (1), laissant s’installer d’importants déséquilibres géographiques et sectoriels ». À cela s’ajoutent bien sûr une réelle crise de vocation et des réticences à exercer ce sacerdoce loin des lumières de la ville. Pour certains observateurs, la féminisation de la profession s’accompagne d’attentes nouvelles, pas toujours compatibles avec la vie à la campagne. Un raccourci un peu rapide et un peu machiste, les revendications d’une qualité de vie préservée et d’une vie familiale équilibrée étant largement relayées aussi par ces messieurs.
Du coup, dans certains cantons auvergnats, les médecins généralistes deviennent des espèces protégées que l’on bichonne de peur qu’ils ne s’expatrient. À Ferrières-sur-Sichon, dans la Montagne bourbonnaise, le maire, Jean-Marcel Lazzerini, ne sait plus, lui, quel argument mettre en avant pour attirer un docteur. « Depuis trois ans, nous avons relayé ce message dans toute la France. Nous avons exploré des filières espagnoles et nous avons eu des contacts avec des médecins belges », explique-t-il. De France 2 à la Semaine de l’Allier, sans oublier l’inégalable journal télévisé de TF1, son offre a été reprise par tous les médias. Vingt-sept candidats ont défilé…Aucun n’est resté. Pourtant, l’élu ne lésinait pas sur les moyens, offrant un local professionnel et un logement de fonction !
Pour autant, Jean-Marcel Lazzerini ne baisse pas les bras : « Ici, nous avons des personnes âgées. L’hiver, elles ont peur de tomber malades. Et pour elles, se faire conduire chez le médecin, c’est une gêne. Vous savez, les personnes âgées, ça rumine… » Avec quatre cabinets médicaux à 7 kilomètres de la commune, Ferrières-sur-Sichon n’est cependant pas le cas le plus sensible en Auvergne. Dans le département de l’Allier, on ne trouve, sur le canton du Donjon, que deux généralistes, dont un a plus de 55 ans, pour plus de 5 000 habitants. Dans le Puy-de-Dôme, il ne reste plus qu’un seul généraliste dans le canton de Saint-Anthème. Même situation à Viverols. Et si, en Haute-Loire, le canton de Saugues compte pas moins de trois médecins, tous les trois ont déjà plus de 55 ans…

234 communes déficitaires
Afin de combler le fossé entre la ville et la campagne, l’Assurance maladie a choisi de favoriser les regroupements de professions de santé. Pour s’implanter dans les communes sans médecin, certains préconisent l’ouverture de cabinets secondaires, une possibilité désormais encouragée par la loi.
Et l’État explore d’autres réponses. Le 19 juin 2004, un Observatoire national de la démographie médicale a vu le jour avec pour objectif d’assouplir le sacro-saint numerus clausus (1).En octobre 2005 étaient annoncées les zones éligibles à l’aide à l’installation des médecins généralistes, concernant 234 communes en Auvergne. Le principe est simple : identifier les territoires les plus fragiles et concentrer sur ces espaces les aides financières. Mais, d’une région à l’autre, les modalités retenues pour élaborer cette cartographie varient encore considérablement. Le gouvernement s’est donc engagé à harmoniser ces normes d’ici la fin 2006, avec, à la clé, un nouveau zonage… Pour l’heure, un sentiment de confusion gagne les administrations et les professionnels.

Incitations financières
Les collectivités locales peuvent aussi attribuer des indemnités financières aux étudiants en médecine, en contrepartie d’un engagement de s’installer dans ces territoires déficitaires et d’y exercer durant plusieurs années. Le Département de l’Allier a déjà voté la création de ce dispositif depuis cet été. Mais en voulant étendre l’attribution de ces aides dans la quasi-totalité du territoire, hormis les agglomérations, et pas seulement aux zones les plus démunies, celui-ci s’éloigne de l’objectif initial. Du coup, les aides promises sont gelées en attente du feu vert préfectoral.
Du côté des professions de santé, de telles incitations sont d’ailleurs regardées avec prudence voire scepticisme. « Le risque, c’est de transformer les médecins en chasseurs de primes, explique Michel Gamarra, président de l’Union régionale des médecins libéraux. On ne va pas résoudre tous les problèmes de pénurie de médecins ou de démographie des professionnels de santé avec des aides financières. Au contraire, on risque de générer des rancœurs et des inégalités entre les médecins qui exercent déjà dans des zones déficitaires et ceux qui acceptent de s’y installer. À mon avis, il serait beaucoup plus utile de diffuser partout les connexions Internet à haut débit et la téléphonie mobile, qui sont des outils indispensables pour une médecine plus efficace et plus en phase avec les réalités de notre société. »

Maisons de santé
Avec le soutien financier du Conseil régional,  des maisons de santé vont s’implanter dans les zones de revitalisation rurale. Elles s’inscriront dans la logique des Contrats Auvergne +, qui encouragent un aménagement plus cohérent du territoire. Et le chantier est vaste ! Selon une étude de l’Observatoire de la santé d’Auvergne, 7 % des Auvergnats vivent dans des territoires confrontés à une surmortalité. Ce sont essentiellement des cantons ruraux, peu peuplés, situés pour la plupart dans l’ouest du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire, au nord et au sud du Cantal. La formation est également un moyen concret pour améliorer la prise en charge des patients, pour faciliter le fonctionnement des structures de soins et pour répondre à la crise démographique des professions de santé. Le Conseil régional a donc signé un partenariat avec les Assedic afin d’assumer la totalité des coûts de formation pour les demandeurs d’emploi ayant réussi l’examen d’entrée dans l’une des 13 écoles d’aides-soignants que compte l’Auvergne.
Enfin, aux côtés de sa voisine rhône-alpine, la Région Auvergne a mis la main au portefeuille pour financer des études sur le devenir de l’hôpital de Moze, à Saint-Agrève, dans l’Ardèche. Il est vrai que plus de 12 000 habitants du Haut-Lignonet du Haut-Vivarais sont directement concernés par la survie de ce service public. « Tous ces signes témoignent d’une prise de conscience, commente Michel Gamarra. Pour l’heure, il n’y a pas encore de gros problèmes, mais à partir de 2012, ce sera l’hécatombe dans certains territoires si nous ne savons pas anticiper et trouver des mesures susceptibles d’inverser la tendance. » Et pour y parvenir, il faudra surmonter des obstacles redoutables : « L’un de nos principaux problèmes, c’est que Clermont-Ferrand absorbe tout. Le centre hospitalier, sa dimension universitaire et sa réputation internationale dans certaines spécialités créent un effet de trou noir. Cet environnement médical est, en effet, naturellement valorisant, en particulier pour des étudiants qui recherchent moins de contraintes et plus de rentabilité. C’est le revers de la médaille. »

30, 2006

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