Dossier
L’aéroport en bout de piste
L’État ne sera plus propriétaire de l’aéroport de Clermont-Auvergne au 1er janvier 2007. Il compte par la même occasion céder les dettes correspondantes…
Certains aspects de la loi de décentralisation ressemblent fort à des bombes à retardement. C’est notamment le cas pour les aéroports de province que l’État prévoit de léguer aux collectivités locales à compter du 1er janvier 2007. Et le plus important des aéroports concernés par la loi se trouve justement… à Clermont-Ferrand. Un privilège dont les élus se seraient sans doute bien passés, tant le bébé paraît encombrant et fragile. Ils sont pourtant invités à poser leur candidature pour devenir propriétaire des 5 000 m de pistes, des 32 000 m2 de l’aérogare, avec son hôtel, des 90 000 m2 deparkings, actuellement gérés par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Clermont-Ferrand, et piloter les 176 salariés afférents. D’ailleurs,si personne ne déclare sa flamme, le préfet désignera d’office celui qui en héritera! « À mes yeux, la Région Auvergne a vocation à être le chef de file dans cette opération, mais nous souhaitons associer les autres collectivités majeures qui sont intéressées par cette infrastructure », annonce Jacques-Bernard Magner, vice-président du Conseil régional en charge des transports. Cette décentralisation aux forceps suscite un émoi certain, car les collectivités locales ne gagneront pas seulement un titre de propriété. Elles empocheront aussi l’ensemble des actifs… et le passif correspondant. La CCI y a investi 9 millions d’euros et a procédé à des avances remboursables en principe par l’État. Quant aux déficits des années 2004, 2005 et 2006, ils pourraient dépasser les 5 millions d’euros.
Scénario catastrophe
Mais le ticket d’entrée n’est pas le seul sujet d’inquiétude… En effet,les engagements pris par Air France pour maintenir l’activité du hub clermontois arriveront à échéance en 2008. Or, la société, désormais privatisée, n’a pas montré durant ces dernières années un intérêt débordant pour la plate-forme auvergnate, qui devait initialement jouer un rôle stratégique dans sa politique commerciale.
Subrepticement, elle a fermé dès que l’occasion se présentait des lignes déficitaires. Le résultat ne s’est pas fait attendre, avec une érosion du nombre des passagers transitant par le hub: sur les cinq premiers mois de l’année 2005, les lignes transversales accusent une baisse de 25% du nombre de passagers! Quelles seront donc les intentions de la direction d’Air France pour les années qui viennent ? « La compagnie joue le jeu, nuance le directeur de la CCI, Éric Duez. Certes, elle a redimensionné le hub, mais elle met en œuvre les moyens pour garantir une desserte de qualité avec des horaires adaptés pour la clientèle auvergnate. » Il n’empêche, le scénario catastrophe est dans tous les esprits. Car en assumant le rôle de chef d’escadrille, les collectivités locales pourraient in fine se retrouver avec une plate-forme moribonde et un gouffre financier abyssal.
Un cas unique
En France, la quasi-totalité des exploitants d’aéroport sont liés à l’État par des concessions “à risques et périls”. En clair, ils encaissent les bénéfices… et épongent les dettes. Mais l’aéroport de Clermont-Ferrand fait figure d’exception :l a Chambre de commerce et d’industrie (CCI) bénéficie d’une concession “à garantie de ressources”. Autrement dit, elle équilibre les comptes de l’aéroport, en cas de déficit par des avances remboursables que doit prendre en charge le propriétaire – en l’occurrence l’État –à l’issue du contrat. Ce régime de faveur a été imaginé en 1971, pour une durée… de soixante ans! Et à ce jour, le montant des avances remboursables flirte avec les 8,5 millions d’euros. Les possibilités de se dégager de ce cadre exceptionnel ne sont pas simples. Si le propriétaire dénonce la concession, il lui faut régler la facture. On voit mal l’État prendre une telle initiative …Quant à la CCI, elle peut reconsidérer la concession, mais uniquement tous les cinq ans,avec un préavis d’une année.Hasard de calendrier ? Elle pourrait annoncer cette décision en 2005, avec application fin 2006.Qui devrait alors remettre les compteurs à zéro ? L’État, encore propriétaire, ou les collectivités locales qui hériteront de l’aéroport « au plus tard au 1er janvier 2007 »?
14, 2005
Régime de faveur pour l'aéroport.
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