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Migration pour la collection cynégétique de Randan

Comment l'état se remplume

Routes, personnels dans les lycées et aéroports ne sont pas les seuls biens dont l’État aimerait se défaire. Bon nombre de châteaux, de sites archéologiques, de thermes gallo-romains et d’abbayes devraient aussi changer de mains. En Auvergne, une dizaine de monuments historiques sont concernés. Parmi eux, le mobilier et les étonnantes collections d’animaux naturalisés de Randan…

Condor des Andes, outarde, grand tétras, serpentaire, sans oublier jaguar, tigre, lynx et autres bêtes féroces : au total, la collection cynégétique du duc de Montpensier compte quelque 450 pièces, dont 316 volatiles de tous les continents. Les spécialistes de la taxidermie la considèrent comme l’une des plus remarquables de France, ce qui lui a valu son classement en tant que monument historique. Mais ce trésor empaillé, qui a miraculeusement survécu à l’incendie du château de Randan en 1925, subit depuis les assauts du temps. Inlassablement, il faut donc nettoyer, dépoussiérer, maquiller, prévenir les attaques des parasites, recoller ici une plume, refaire là un bec, remplacer un œil fatigué, consolider une patte chancelante et traiter chaque trace de moisissure à l’acétone.

Un cadeau de  1,8 millions d'euros ?
Avant de penser à se séparer de ces trophées de chasse, les services de l’État ont ainsi engagé une gigantesque opération de restauration pendant deux ans. Quelque 85 000 € ont été nécessaires. Dans les prochains mois, tout ce petit monde à poils et à plumes devrait logiquement intégrer le patrimoine de la Région Auvergne, qui, en février 2003, s’est portée acquéreur du domaine royal de Randan. Mais contrairement à l’achat de ce site immobilier, avec son parc de 100 ha, cette acquisition s’opérera cette fois à titre gracieux, alors que l’État, en 1999, avait déboursé 1,82 million d’euros pour acheter la collection à ses propriétaires privés. Un tel cadeau est-il forcément une bonne affaire ? Difficile à dire tant la fragilité de cette collection unique nécessite des soins constants d’entretien, sans même évoquer les frais qu’il faudra engager pour envisager sa présentation au grand public dans des conditions de préservation optimales…

Menhir et chateaux
En plus d’alléger le portefeuille du ministère de la Culture, ce vent décentralisateur a pour noble ambition de mieux valoriser les richesses d’un patrimoine souvent méconnu et de le mettre à la portée du plus grand nombre. À la lumière de certains “lots” proposés généreusement par l’État, il sera difficile de faire pire, serait-on tenté de dire en passant, par exemple, devant le menhir de Beaulieu, tout près de Clermont-Ferrand : cerné de ronces et d’orties, il doit se contenter aujourd’hui d’un maigre panneau de signalisation et reste dépourvu du moindre chemin d’accès. En Haute-Loire, le site préhistorique du Cerzat souffre aussi d’un désintérêt évident ; une gestion de proximité pourrait lui être, vraisemblablement, salutaire. En revanche, il est probable que les candidats à la reprise de châteaux, tels ceux de Bas-de-Chareil, Villeneuve-Lembron, Saint-Floretou Aulteribe, ou encore de l’abbaye de Lavaudieu ne se bousculeront pas face à la lourdeur des frais occasionnés par ce type de demeures. Ce grand troc attendait depuis plus de six mois la publication d'un décret en Conseil d'État. Le gouvernement a fini par le publier le 20 juillet 2005. Les oiseaux de Randan vont pouvoir s'envoler vers d'autres cieux…

1, 2005

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Indissociable du château de Randan, la collection d'animaux naturalisés avait été achetée par l'Etat 1,82 million d'euros.

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