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Le fait régional bénéficiera de la faillite de l'Etat

Dominique Reynié, professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris

Quel regard les Français portent-ils sur la décentralisation ?

Elle a globalement bonne presse. La première raison, c’est parce qu’elle répond à l’exaspération formulée par beaucoup de citoyens contre le “parisianisme”. Du coup, l’idée d’arracher des parcelles de pouvoir à la capitale pour le redistribuer dans les territoires produit de la satisfaction. L’autre idée qui sert la cause de la décentralisation, c’est la conviction que le pouvoir est juste et performant quand il est proche. C’est une conviction qui mériterait un examen approfondi.


La démocratie locale permet pourtant de redonner la parole aux citoyens sur des sujets qui les concernent… ?

En principe, oui. Mais il ne faut pas idéaliser l’expression citoyenne. Il y a beaucoup d’ambiguïté. Il n’est pas toujours évident de dégager l’intérêt général quand la décision revient au local. Souvenez-vous de la question de la réouverture aux camions du tunnel du Mont-Blanc. Un enjeu économique international ne peut se résoudre au travers d’un référendum dans une vallée. Et puis, si la décentralisation a bien pour objectif de faire émerger une démocratie locale, le contrat n’est pas toujours rempli. Il est inconcevable que les intercommunalités, qui sont de vraies autorités politiques et qui répondent à une réalité fonctionnelle, ne soient pas issues d’élections directes. Qu’on le veuille ou non, il s’agit d’une régression démocratique.


L’élu local est-il suffisamment armé pour assumer ses nouvelles responsabilités?

C’est la faille de la décentralisation. Le statut de l’élu n’a pas suivi le mouvement. L’élu, et notamment le maire, est de plus en plus confronté à un véritable harcèlement démocratique. On le constate dans les petites communes rurales avec l’arrivée des “néo-ruraux”, qui ont choisi de vivre au calme et ne sont pas prêts à accepter certaines nuisances de la campagne. Ils peuvent se transformer en pitt-bulls, mettant en œuvre beaucoup d’intelligence et d’esprit procédurier face à des élus qui se trouvent dans une grande insécurité juridique. Et puis, nous exprimons parfois des attentes très paradoxales. Nous voulons une gestion de proximité, nous sommes contre le cumul des mandats, mais on veut que nos élus soient la moitié de leur temps à Paris.


Aujourd’hui, les transferts de compétences prévus par la loi, pour les routes, les aéroports, les écoles d’aides-soignants, les personnels techniques de l’Éducation nationale ... vous semblent-ils s’inscrire dans la logique historique de la décentralisation ?

Sincèrement, oui. Il y a globalement une cohérence. On voit bien où se situe en fait le cœur du débat. Il s’agit moins d’évoquer la qualité du service rendu à la population, et donc la satisfaction de l’usager, que de savoir qui va effectuer ce service. Et là, on aborde les aspects, très sensibles, liés aux statuts!


À votre avis, quel est l’avenir des régions dans la France de demain ?

Nous nous trouvons face à une situation sans précédent, du fait de la faillite financière de l’État.

Faillite ?

Je ne vois pas d’autres mots. Désormais, la France emprunte pour rembourser les intérêts de sa dette! Face à cette perception d’un État qui se nécrose, qui génère des normes mais qui ne produit plus de ressources, le fait régional trouvera une dynamique nouvelle. Et la pression qui s’exerce sur les élus locaux est appelée à s’accentuer. Avec les risques de consumérisme politique, et donc de clientélisme, que cela comporte.


Selon le baromètre du fait régional établi par l’Observatoire interrégional du politique en 2003, plus de 4 personnes sur 10 font le pronostic que la Région sera le niveau décisionnel qui aura le plus d’importance sur leurs conditions de vie dans dix ans.

12, 2005
Je réagis
Dominique Reynié, professeur des universités à  l’Institut d’études politiques de Paris

Pour Dominique Reynié, les élus locaux ne sont pas suffisament armés juridiquement pour assumer les responsabilités transférées par l'Etat .

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  • La décentralisation depuis 1945 de Robert Delbo chez Dexia Editions/LGDJ

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