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De malchance en expulsion

Fatima Charbi a 19 ans. Elle est inscrite dans un lycée montluçonnais en première année de bac professionnel. Au premier jour des vacances de la Toussaint, la police est venue la chercher. Après dix-sept jours passés en centre de rétention, les autorités françaises l’ont conduite au Maroc, pays où elle est née et qu’elle avait quitté il y a six ans. A travers leurs témoignagnes, Fatima Charbi, Maître Kiganga, avocat à Clermont-Ferrand et Eric Lafont de l'Union locale CGT dressent le récit croisé d'une expulsion

Fatima Charbi
« Le 20 juin 2006, lorsque j’ai reçu un refus à ma demande de carte d’étudiant, j’ai également appris que j’étais expulsable. J’étais vraiment surprise. J’étais en France depuis l’âge de 13 ans : je ne pensais pas qu’il pouvait m’arriver un truc comme ça. Le 26 octobre, des policiers sont venus chez moi. Ils m’ont demandé de les suivre au commissariat “pour signer des papiers”. Là, ils m’ont présenté des documents de reconduite à la frontière. J’ai demandé à téléphoner à un avocat, mais ils ont dit que je téléphonerai plus tard. J’ai signé, parce que, pour moi,si la police te demande de signer des papiers, tu ne dois pas dire non. Alors, avec trois policiers, on est partis en voiture à Lyon, au centre de rétention.
Le centre de rétention, c’est comme une prison. J’étais dans une cellule de quatre personnes avec trois femmes. À 22 h, on ferme la porte. On la rouvre le matin à 9 h et tu peux aller dans le couloir et une petite cour. Mais il y a trop de monde et, dans la cour, je me suis fait agresser trois fois. J’étais la seule jeune. Il y avait des hommes qui essayaient de me draguer et si je ne les calculais pas, ils devenaient agressifs. Ils disaient : “Mais pour qui tu te prends ?” Alors, je suis restée dans ma cellule pendant les dix-sept jours. À part la télé, il n’y avait rien à faire. La nourriture était mauvaise et on n’avait pas le droit d’en faire entrer de l’extérieur. Souvent, je mangeais du pain et du fromage ou du pain et un yaourt. J’ai perdu 6 kg. J’avais mon téléphone et j’étais en contact avec du monde, des amis, les gens des associations comme RESF ou Éric Lafont, de la CGT, des profs et même des gens que je ne connaissais pas mais qui voulaient me soutenir. Je parlais aussi avec mon père, qui était au Maroc. Il ne savait pas quoi faire. Il ne savait pas s’il devait venir en France pour m’aider ou rester à Casablanca pour m’accueillir si on m’expulsait. Au centre de rétention, question ambiance, c’était zéro. J’étais la seule étudiante arrivée jeune en France. Les autres, c’était des clandestins ou des gens qui avaient fait des conneries. Beaucoup sont des personnes qui ont quitté un pays dans lequel elles n’ont rien construit, où elles n’ont rien. Alors, pour une bricole, les gens deviennent violents. Jamais je n’avais été aussi démoralisée.
Dans les quarante-huit heures qui ont suivi mon arrivée au centre, j’ai vu un juge qui a prolongé ma période de rétention pour une durée de quinze jours. Quinze jours plus tard, j’ai de nouveau été présentée au juge. Là, il s’est passé un truc “chelou”. On était 16 personnes conduites au tribunal. Au moment de la décision, c’est moi qui ai été présentée la première. Le juge a dit que j’étais prolongée de quinze jours. Alors, trois policiers en civil sont venus vers moi. On est sortis très vite par la porte de derrière, on a pris une voiture civile pour retourner au centre de rétention. Devant le tribunal,des gens qui me soutiennent nous attendaient et il fallait les éviter... Le lendemain, j’ai rencontré le consul du Maroc, qui m’a dit qu’il était obligé de signer l’arrêté de reconduite à la frontière. On m’a ramenée, j’ai juste eu le temps de manger. Les policiers sont encore venus et m’ont dit de rassembler mes affaires, qu’on allait à Paris prendre un avion pour le Maroc. Ils ont pris mon portable. J’ai essayé de le garder,mais je n’ai pas eu le choix. Et je n’ai pu parler à personne. Dans l’avion, deux policiers m’accompagnaient. Ils ont dit que si je résistais, ils me mettraient des menottes. Moi, je voulais être discrète...
Maintenant, je suis à Casablanca avec ma tante. J’ai cherché une école qui prépare au bac professionnel “chimie, préparateur en pharmacie”, mais ça n’existe pas ici. Si je dois rester au Maroc, c’est fini pour moi question études. »

Maître Kiganga, avocat à Clermont-Ferrand
« Oui, je suis Maître Kiganga. Mon prénom ? Edgard avec un “d”. Oui, je me suis occupé du dossier de Fatima Charbi. Comment ça se fait qu’un cabinet d’avocats clermontois s’occupe de ces cas au-delà des limites du département ? Comment vous expliquer sans avoir l’air de nous jeter des fleurs ? Ce sont des dossiers dont peu d’avocats peuvent s’occuper. C’est très compliqué. Je dirais qu’il s’agit d’un “droit transdroit”, qui nécessite de connaître le droit civil, le droit pénal, le droit administratif, le droit international. Tout ça évolue constamment et il est nécessaire de se tenir au courant. Et puis il faut une volonté de s’y intéresser sans espoir d’une rémunération à la hauteur de l’investissement en temps. D’ailleurs, beaucoup de ces dossiers sont traités gratuitement. »

Eric Lafont de l'Union locale CGT
« Entendons-nous bien. À la CGT, on n’a pas décidé de s’occuper de toutes les personnes menacées d’expulsion. Il s’agit là d’un cas particulier. Le père de Fatima est venu pour travailler chez Dunlop. En 1976, il a perdu des doigts dans un accident du travail et s’est retrouvé en invalidité et sans emploi. Sa vie s’est alors partagée entre ici et le Maroc, où est née Fatima en 1987. En 2000,son père l’a fait entrer sur le territoire et a demandé le regroupement familial, une procédure qui permet à un étranger de faire venir les membres de sa famille. Elle lui a été refusée en raison de l’insuffisance de ses ressources. Nous défendons ce dossier, parce que c’est celui des mauvaises conditions de travail, parce que c’est celui des revenus insuffisants des salariés. J’espère que Fatima va bénéficier d’une mesure exceptionnelle, d’une consigne du Quai d’Orsay à l’ambassade, pour qu’elle revienne par la voie diplomatique. Je pars à Paris voir l’ambassadeur du Maroc.
Mon entretien avec l’ambassadeur s’est très bien passé. Pour lui, la rapidité avec laquelle les autorités marocaines ont fourni des papiers, carte nationale et passeport, à Fatima est le signe qu’on prépare pour elle une régularisation. Je veux dire que nous sommes dans l’espoir d’une régularisation définitive par le biais du regroupement familial.Il a prononcé une date pour cette éventuelle régularisation, le 1er janvier, une bonne date pour qu’elle ne rate pas trop de cours. Je ne crois pas qu’il ait dit ça en l’air. J’y vois un signe important. À l’ambassade,ils n’ont rien contre la loi française, mais ils pensent que le cas de Fatima nécessite une attention particulière. Je crois que tout ça signifie qu’ils estiment que la vie de Fatima est ici.»

Un examen en cours
La préfecture du Puy-de-Dôme semble avoir décidé d’étudier de près la situation des étudiants étrangers arrivés il y a trois ou quatre ans. Lorsqu’il n’y a pas de progression dans leurs études,en clair qu’ils ont redoublé plusieurs fois leur première année sans pouvoir accéder à la deuxième, ils se voient refuser le renouvellement de leur titre de séjour. C’était le cas ces dernières semaines de jeunes gens venus du Laos, de la république démocratique du Congo,du Brésil, de Haïti...

Un réseau en tête
Réseau éducation sans frontières(RESF) soutient les étudiants, les familles et leurs enfants menacés d’être expulsés du territoire français. Son site rend compte de cette action. www.educationsansfrontieres.org

Unanimité contre inhumanité
Le Conseil régional d’Auvergne a voté, à l’unanimité, un vœu dans lequel est souligné «l’inhumanité et la violence de la décision (de renvoyer Fatima Charbi au Maroc)» et qui demande « aux autorités compétentes (son) retour à Montluçon, afin qu’elle puisse terminer les études qu’elle a entamées.».

1, 2007
Je réagis
De malchance en expulsion

Fatima Charbi , récit d'une expulsion

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Régis Marcon

Régis Marcon
Auréolé d’un nouveau titre, « chef de l’année 2011 » lors des Trophées de la gastronomie et des vins à Lyon, Régis Marcon reste plus que jamais attaché à son village de Saint-Bonnet-le-Froid, aux confins de l’Auvergne. Et il demeure fidèl

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