Dossier
Une révolution tranquille
« Dans un pays comme la France, cela fait partie du rôle des syndicats que de défendre les acquis ! » Pour autant, Catherine Boucher, la directrice régionale de la Banque de France, se félicite du dialogue social qui règne dans son établissement : « Chacun le sait : conforter notre système, c’était le rendre plus équitable, et si le personnel ne s’est pas réjoui de la réforme du régime des retraites, il est finalement assez fier de montrer que nous pouvons faire des efforts. » Car la “Maison” a bien changé. Naturellement, évoquer la fin des privilèges ferait sursauter plus d’un salarié du privé… et plus d’un fonctionnaire ! « C’est vrai, admet volontiers Catherine Boucher, c’est une image qui nous colle à la peau. Il y a sans doute des explications : un niveau de rémunération très convenable… un travail intéressant… une stabilité de l’emploi… »
Mais derrière ces acquis qui demeurent, la réalité a changé ces dernières années. La banque vit à l’heure des diminutions des coûts et connaît désormais la pression des objectifs individualisés, « avec une part variable de rémunération », souligne la directrice. « Nous sommes entrés dans un système de valeurs plus perturbant, avec des méthodes de travail qui sont bouleversées. »
Les métiers ont eux aussi été chamboulés. La Banque de France intervient directement dans la lutte contre le surendettement, soit près de 4 000 dossiers chaque année en Auvergne. « Le législateur nous a confié cette mission, car il a estimé que nous étions les mieux placés pour négocier avec le système bancaire », résume Catherine Boucher. Certes, aider des familles qui ont plongé dans le surendettement pourrait sembler moins gratifiant que la lutte contre le blanchiment d’argent ou le conseil aux entreprises. L’argument est vite balayé : « Pendant longtemps, nous avons travaillé en circuit fermé. Avec le traitement du surendettement, nous apportons la preuve de notre utilité sociale. Et puis, se confronter à de tels problèmes sociaux et remplir une mission d’expertise auprès des chefs d’entreprise, c’est être quotidiennement au contact des faibles et des puissants. »
10, 2007
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