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En Auvergne, 85 % des élevages sont sur caillebotis…

La litière en odeur de sainteté

Encouragés à produire toujours plus, les éleveurs ont opté pour le caillebotis et l’élevage hors sol. Aujourd’hui, face à la pression de la population, la paille fait son retour en force.

Au départ, l’image de l’éleveur de porcs était très positive, progressiste et démocratique, commente le directeur de l’Union régionale porcine Auvergne-Limousin (Urpal), Bernard Lépinay. À l’époque, on voyait en lui un paysan sans terres. Mais, aujourd’hui, le débat a été confisqué par les décideurs politiques. On a mis le feu avec le porc, certains en ont fait un argument électoral et jouent sur les peurs. Ce que j’attends, c’est une politique de gouvernement en matière agricole qui ne soit plus dictée par les extrêmes.".
Refusant « la discrimination porcine », Bernard Lépinay dénonce une logique « où la paille est gentille et de gauche, et le caillebotis est méchant et de droite. En réalité, ce que certains n’admettent pas, c’est que les éleveurs de porcs sont des pauvres devenus riches ! ». Pourtant, l’élevage sur litière paillée est plus consensuel qu’il n’y paraît : il est clairement encouragé par la mission parlementaire qui a remis ses conclusions en novembre 2003. Selon la rapporteure de ce groupe de travail, la députée UMP Marcelle Ramonet, « il n’est pas toujours nécessaire de recourir au béton, qui suppose l’intervention d’entreprises de maçonnerie, souvent longue et onéreuse, car l’élevage sur litière paillée permettrait une absorption plus naturelle des effluents dans certaines exploitations».
Mais pour le responsable de l’Urpal, « un porc élevé sur paille ou, pire, un porc engraissé en plein air est plus polluant qu’un porc élevé sur caillebotis intégral ». En effet, son engraissement nécessite plus d’aliments… et génère donc plus de rejets.

Angélisme et hiatus
D’autres défenseurs de la paille mettent en avant un plus grand respect du porc, animal fouisseur par excellence. Mais Bernard Lépinay explique que cette préoccupation « ne doit pas nous conduire à l’angélisme. Elle est mise en avant par tous ceux qui veulent la mort du système agricole productif en France, au plus grand profit de certains pays. Et les modes d’élevage dits “alternatifs” ne peuvent assurer l’ensemble des besoins de la collectivité, en termes de prix notamment, d’autant que nous vivons dans un marché ouvert ». Puis, chiffres à l’appui, il démontre que l’élevage sur litière n’est en réalité pas viable économiquement, la paille absorbant à elle seule la totalité de la marge de l’éleveur. Sans compter l’électricité nécessaire à la ventilation de l’exploitation… « Depuis les années 90, tous les élevages se font sur caillebotis. C’est la réponse la mieux adaptée aux enjeux économiques, avec un abaissement des coûts et une diminution des travaux pénibles pour les hommes. ». Pourtant, cette analyse n’est pas retenue par la mission parlementaire. Son président, le député UMP Antoine Herth, agriculteur de surcroît, estime même que « si l’on intégrait tous les coûts directs et indirects de l’élevage sur caillebotis et si l’on prenait en compte la préoccupation du bien-être des animaux, portée par de nombreuses associations, le bilan économique de l’élevage sur paille ne serait pas forcément défavorable » Reste que si la sympathie du citoyen penche en faveur des porcheries sans odeurs avec des porcs heureux, le directeur de l’Urpal place chacun devant ses propres contradictions : « Les porcs élevés sur paille sont plus hétérogènes et plus gras. Ils sont de ce fait payés moins chers au producteur et correspondent moins aux attentes du consommateur. » À Clermont-Ferrand, le directeur scientifique et technique au sein de l’Adiv – Association pour le développement de l’Institut de la viande – étudie les caractéristiques scientifiques des viandes de porc. Selon Jean-Pierre Frencia, « le porc élevé en plein air est une viande plus mature. Et des différences existent en termes de couleur et de tendreté. Quant au gras, il est avant tout lié à la qualité de l’alimentation donnée au porc.»
Il observe aussi les attentes du consommateur : « De plus en plus, il exige des garanties de qualité,de traçabilité et se préoccupe davantage de l’éthique de l’élevage. Or, la claustration des porcs ne répond pas au lien supposé entre le produit et le territoire.Il existe un hiatus entre la réalité de la filière et l’image que l’on veut donner à la viande de porc..

11, 2005

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