Dossier
Lycée Bonnefont
Le cochon redore son blason
Pour convaincre ses élèves de ne pas tourner le dos aux élevages porcins, le lycée agricole situé à proximité de Brioude a mis au point un projet plus respectueux de l’environnement.
Auprès des élèves du lycée agricole de Bonnefont, en Haute-Loire, l’élevage porcin n’a plus la cote : trop dur, trop de nuisances et trop d’investissements au départ. Pour autant,l’équipe pédagogique ne baisse pas les bras. Le porc est toujours inscrit au programme et l’établissement est le seul à posséder son propre élevage en Auvergne, avec 56 truies et des porcs engraissés sur caillebotis, dans un bâtiment vieillissant. Des conditions de travail peu engageante sont même conduit Jean-Pierre Chaput, directeur de l’exploitation agricole, à réfléchir à un nouveau type d’élevage plus respectueux du bien-être des animaux, de l’environnement et des agriculteurs.Ainsi est né en 1998 “l’éthologite”, où les porc sont, à leur disposition, des espaces bien distincts pour leurs jeux, leur repos et leurs déjections.Le tout sous la surveillance de caméras pour étudier leur comportement. « Un peu comme dans le Loft deM6 »,sourit Jean-Pierre Chaput.
PÔLE PORCIN DURABLE Ce bâtiment pilote a fait ses preuves, mais n’est pour l’heure adapté qu’à des cheptels peu importants. Avec les conseils de Jean-Marie Gibelin, dirigeant de la société Pleinair, les enseignants se sont alors lancés dans une exploration des porcheries pour trouver la solution la plus adaptée. Première étape: la Suisse, avec des bâtiments exemplaires, mais trop coûteux.Direction l’Alsace, avec des élevages remarquables, mais trop consommateurs de paille, matière première insuffisante en Auvergne. La porcherie de leurs rêves, ils l’ont finalement trouvée en Allemagne, au cœur de la Forêt noire, et, d’après elle, ils ont imaginé un site d’élevage pour “un pôle porcin durable”: ses cabanes conçues pour des exploitations en plein air seraient disposées partiellement sous un bâtiment en bois, avec un volume de paille n’excédant pas30 kg par animal – soit quatre fois moins que le volume utilisé dans les élevages sur litières accumulées. Dans cette hypothèse, le nombre de truies à Bonne font pourrait passer à 70.
L’enquête publique concernant ce pôle porcin durable n’a révélé que des bonnes surprises: feu vert de la Direction régionale de l’environnement et approbation du Parc naturel régional du Livradois-Forez, voisin immédiat du lycée.Preuve que l’extension d’une porcherie n’est pas forcément l’objet de polémiques. Désormais,tout est affaire de financements.L’équipe de Bonne font reste optimiste:« Avec ce projet, nous voulons changer le regard de nos élèves sur le cochon et convaincre ceux qui s’installeront demain dans la filière bovine de diversifier leur production avec des structures porcines plus respectueuses des animaux, de la nature, des riverains, des consommateurs et des agriculteurs eux-mêmes »,annonce Jean-Pierre Chaput. Pour cela, il faudra démontrer la viabilité économique du système mis au point à Bonne font.Selon les simulations des concepteurs, les surcoûts générés par ces élevages durables par rapport aux bâtiments conventionnels sur caillebotis devraient être inférieurs à 15 %. Cette différence pourrait d’ailleurs être revue à la baisse, car la durée d’amortissement d’un bâtiment en bois est longue et les productions devraient être bien valorisées, se distinguant du cadre standard et se voulant plus en phase avec les exigences des consommateurs.
12, 2005
Le lycée Bonnefont est le seul à posséder son propre élevage porcin en Auvergne
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