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Clara et ses équipes de choc

En Auvergne, les scientifiques mènent en réseau la lutte contre le cancer. Alimentation et génétique sont au coeur de leurs préoccupations. Tour d’horizon au hasard des laboratoires qui font grandir Clara, le Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes.

Soja et tomate

Les Japonais doivent apparemment à leur fringale satisfaite de soja d’être quatre à cinq fois moins victimes de cancer du sein et de la prostate que nous. Cette information est à l’origine de programmes de recherche, dont certains sont conduits en Auvergne. Hôpitaux, universités, Inserm, CNRS et Inra : tout le monde est mis à contribution pour apporter les connaissances de sa discipline à la lutte contre le cancer. La Région Auvergne, associée à celle de Rhône-Alpes par l’entremise de Clara, apporte son tribu à la recherche contre la maladie en menant des investigations dans trois domaines : l’imagerie du cancer, la génomique fonctionnelle ainsi que la nutrition et le cancer. Cette dernière spécialité est particulièrement originale. Il s’agit, par exemple, d’analyser les actions protectrices de composés nutritionnels issus du soja et de la tomate sur le cancer de la prostate et du sein. Le cancer est l’expression d’un désordre dans la cellule qui se reproduit de façon anarchique. Les nutriments du soja et de la tomate ont peut-être le pouvoir de contrevenir à ce désordre. C’est ce que veut vérifier Nasséra Chalabi, qui a fait sa thèse au Centre Jean-Perrin, à Clermont-Ferrand. Le lycopène, qui donne à la tomate sa couleur rouge, est au centre des recherches. Mais comment être sûr que ce nutriment seul et non la tomate entière est actif ? La question a été posée à l’équipe d’Edmond Rock, à l’Inra de Clermont-Ferrand Theix. Actuellement, elle compare l’effet des tomates rouges avec celui… des tomates jaunes (sans lycopène). 

 

Se soigner à table

Comme il serait commode de se soigner en mangeant ! D’autres laboratoires explorent cette piste. La cible n’est pas forcément la maladie mais le patient et son propre moyen de lutte contre le cancer : son système immunitaire. À la faculté de pharmacie, Héloïse Laroye, doctorante en biologie, observe « les bénéfices d’une nutrition immuno-modulatrice sur des patients cancéreux dénutris ». Les produits enrichis en acides gras Oméga 3, en arginine et en nucléotide sont déjà diffusés par l’industrie pharmaceutique. On les essaie ici dans le cadre du traitement du cancer. Dans un laboratoire voisin, on est en contact avec des patientes en rémission qui, après un cancer, sont accompagnées dans leur façon de s’alimenter. Car on y estime que la prise de poids favorise la récidive. Ailleurs encore, on essaie par des nutriments de lutter contre les effets toxiques des traitements des cancers ORL.

Autre spécialité auvergnate : l’imagerie des cancers. Une molécule qui reconnaît spécifiquement les mélanomes, des tumeur malignes cutanées, a été découverte : la benzamide Bza2. Elle se fixe sur les cellules malades et permet de les visualiser. Elle révèle ainsi des métastases qui sans elle passeraient inaperçues. Les scientifiques cherchent à coupler cette molécule et un émetteur de radiations qui électriserait la tumeur. On pourrait alors procéder dans le même temps au diagnostic et au traitement. Bza2 est au centre des préoccupations de Jean-Michel Chezal, maître de conférence en chimie organique, et d’Élisabeth Miot-Noirault, qui oeuvre en biologie, tous les deux à la faculté de pharmacie de Clermont-Ferrand. Ils visent à obtenir « une belle fixation rapide sur la tumeur et une élimination des autres organes » et à faire « de la radiothérapie interne » grâce à des isotopes radioactifs.

 

Des centaines de souris

Dans leur entreprise, les chercheurs disposent d’auxiliaires patients et sans rancune : les souris de laboratoire. Il y en a des centaines dans les pièces climatisées de l’animalerie qu’abrite l’Inserm sur le campus des Cézeaux. Elles sont des partenaires précieux dans l’exploration des gènes, but de la troisième thématique de recherche auvergnate : la génomique fonctionnelle. Le Pr Laurent Morel est spécialiste en endocrinologie moléculaire. Dans un laboratoire associant l’université Blaise Pascal et le CNRS, son équipe et lui-même cherchent à comprendre les dérèglements hormonaux conduisant au cancer de la prostate. Pour eux, des souris sont préparées afin de présenter les dérèglements hormonaux qui précèdent généralement le développement d’un cancer. Et ils les observent.

La structure des gènes est également passée au crible dans les cellules de tumeurs cancéreuses. Une machine particulièrement sophistiquée et rare en France – il y en a moins de cinq – vient pour cela d’être livrée au Centre Jean-Perrin. La GS 20 de Roche permet de procéder à l’analyse d’un génome 1 000 fois plus rapidement qu’auparavant. Une vélocité nécessaire lorsque l’on doit rechercher des mutations sur un panel de près de 300 gènes (l’Homme possède au total 30 000 gènes)...Sandrine Viala, technicienne de laboratoire, travaille sur ce programme. Son équipe suit déjà la piste de quatre gènes extraits de tumeurs du sein ou de l’ovaire présentant des altérations récurrentes. « Il faut encore démontrer que ces anomalies sont à elles seules responsables du cancer, précise-t-elle. Mais si l’altération des gènes impliqués est significative, on cherchera ensuite un traitement directement dirigé sur ces gènes. »

 

Toutes les étapes de la maladie

Au CNRS, Antoine Martinez et son équipe sont en contact avec des médecins qui, comme eux, s’intéressent au cancer des glandes surrénales. Tous cherchent à découvrir si une anomalie génétique déjà constatée est à elle seule responsable du cancer. La souris est une fois encore mise à contribution. Dans son organisme est provoqué un dérèglement dont on observera les conséquences. Le chercheur insiste sur « la puissance du modèle animal », qui permet de contrôler toutes les étapes de l’évolution vers la maladie. C’est pourquoi à l’animalerie est associé un plateau de transgénèse, où l’on peut introduire un gène dans l’organisme de la souris. Et procéder à des travaux d’agrandissement. En ce moment, on aménage un plateau d’histologie et d’analyse fonctionnelle du petit animal. Il y aura un bloc opératoire, un local post-mortem pour les prélèvements ainsi qu’une banque de stockage d’échantillons de tissus prélevés conservés à -80 ou -180°C.

Mais matériel lourd et souriceaux ne sauraient suffire à découvrir les secrets de la cellule. Les chercheurs insistent également sur l’importance de la circulation des compétences. Un enjeu qui recoupe la question des moyens accordés à la recherche en France. L’équipe d’Antoine Martinez est composée pour moitié de contractuels, pourtant indispensables. Une instabilité statutaire avec laquelle les scientifiques doivent désormais composer.

Une aventure commune

Le Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes (Clara), né en 2005, est un réseau de mise en synergie des acteurs de la recherche en cancérologie. Son rôle est de créer des interconnexions permettant de rassembler des ressources humaines, les plateaux techniques hospitaliers et d’associer le public et le privé. Les partenaires principaux sont les hôpitaux, les universités, les établissements publics scientifiques et techniques (Inserm, CNRS, Inra), les industries en biotechnologies et l’industrie pharmaceutique.  

 

300 chercheurs auvergnats

Au sein de Clara, le Pôle Auvergne Cancer (Pac) regroupe les moyens auvergnats, représentant 300 chercheurs, 26 équipes et 12 entreprises. L’Auvergne est le chef de file national dans le domaine original de “nutrition et cancer”. Elle développe, en outre, les thématiques “imagerie” et “génomique fonctionnelle des cancers”. Le Pac dispose d’un budget annuel de 2 M€, grâce aux contributions des collectivités territoriales, de l’État et de l’Institut national du cancer. Il peut ainsi participer financièrement à des programmes de recherche. 

 

Des souris et des hommes

Certains cancers se déclarent des années après l’apparition des premiers désordres dans l’organe qu’ils touchent. Ces désordres, qui peuvent être des dérèglements hormonaux dans le cas de la prostate, passent inaperçus. La médecine a pourtant besoin de les étudier pour comprendre l’évolution vers la maladie. C’est tout l’intérêt des animaux de laboratoire, chez lesquels on peut provoquer des désordres et en observer les conséquences jusqu’à l’apparition éventuelle de la maladie.

1, 2007
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Clara et ses équipes de choc

Plus de 300 chercheurs auvergnats participent à Clara, le Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes.

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Ouvrir un lieu « au service de l’art », c’est le pari que fait Isabelle Krauss en devenant directrice du Théâtre des Trois Raisins, à Clermont-Ferrand.

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