Dossier
L’Auvergne, destination touristique
Tiens, voilà les touristes
L’Auvergne est une grande destination touristique… en devenir. Reste à mesurer les efforts que les Auvergnats sont prêts à entreprendre.
L’histoire n’est pas si ancienne : il y a cinq ans, l’un des plus importants acteurs touristiques français, le groupe Pierre & Vacances, envisageait sérieusement de s’implanter en Auvergne. Le choix du site est trouvé : ce sera Chambon-sur-Lac. À quelques kilomètres du Sancy, le projet devait permettre de conduire dans ce cadre prestigieux une clientèle habituée aux prestations haut de gamme. Un an après, le verdict tombe : le projet est dans le lac. Il est vrai que l’accueil réservé au groupe a été frisquet dans la contrée…
« Quand on se heurte à une obstruction trop forte, on va voir ailleurs», commente Antoine de Fombelle, directeur général de Pierre & Vacances développement. Mais, aujourd’hui, après avoir mesuré dans d’autres régions l’intérêt économique du tourisme rural, il regarde de nouveau vers l’Auvergne :« Nous allons reprendre des contacts après cet été.».
Comme la Toscane
L’anecdote est en réalité révélatrice d’un réel débat. L’Auvergne voudrait bien être une région touristique. Dans l’est du Puy-de-Dôme ou en Haute-Loire, certains décèlent les prémices d’une Toscane auvergnate. Mais pour faire venir le chaland, la méthode Coué ne suffit pas. Il faut des routes, des autoroutes, des lignes aériennes et ferroviaires, des investissements en matière d’hébergements, des paysages entretenus… Et il faut s’ouvrir à l’autre, communiquer. Enfin, et ce n’est pas la plus mince affaire, il s’agit de convaincre les professionnels du tourisme, ceux qui vous vendent une semaine en Tunisie pour une bouchée de pain : remplir à peu de frais un hôtel de 600 chambres est à l’évidence plus rentable que d’acheter des produits type tourisme à la ferme dans le Cézallier. Eh oui, on ne s’improvise pas destination touristique. De plus en plus, eux qui optent pour des vacances auvergnates ne viennent pas “faute de mieux” : ils attendent de l’évasion, une authenticité, de la sérénité, tous ces mots que les plagistes de la Côte d’Azur ne connaissent plus depuis longtemps.
«Qu'est-ce que vous foutez là ?»
Face à eux, l’improvisation n’est plus de mise. C’est la conviction de Christian Tijou, le directeur de Chamina, une association qui a déjà à son actif une centaine de guides de randonnée et de découverte ainsi que l’aménagement de 20 000kilomètres de chemins dans le Massif central. «Il suffit d’un vilain canard pour ternir le souvenir d’un territoire. Et des vilains canards, il y en a malheureusement encore trop en Auvergne.» L’association reçoit chaque été des témoignages saisissants. Comme ce passionné de photos, pris à partie par un agriculteur du haut de son tracteur en pleine Montagne bourbonnaise :« Mais qu’est-ce que vous foutez là?».
Pour améliorer l’accueil, l’essentiel se niche parfois dans le détail ou dans l’évidence : la signalétique ou encore les horaires d’ouverture de certains bâtiments. Chamina a, par exemple, publié un guide consacré à la peinture murale en Haut-Allier recensant 69 lieux sacrés à voir impérativement. Émotions garanties… si vous trouvez les clés du paradis. À Blassac, les visites de l’ancien prieuré, qui présente un ensemble unique de peintures réalisées au milieu du XIVe siècle, ne sont organisées que deux après-midi par semaine, et seulement durant les deux mois d’été. Plusieurs autres églises sont même totalement interdites à la visite. Pourtant, selon Christian Tijou, «c e patrimoine exceptionnel est de nature à attirer un tourisme culturel très pointu.»;.
Les critiques des professionnels du tourisme concernant la qualité de l’hébergement sont à peine voilées. «S’il existe une offre fonctionnelle, on ne peut pas encore parler d’une offre qualitative », résume sobrement Christian Tijou, qui se désole de ne point trouver un gîte d’étape digne de ce nom dans le nord de la chaîne des Puys, l’un des points forts touristiques de la région.
Une question d'envie
Dans ce tableau sans concession, les signes d’une prise de conscience sont heureusement au rendez-vous. En dix ans,la ville de Clermont-Ferrand a rangé aux vestiaires les discours frileux et misérabilistes. L’office de tourisme, longtemps caché à la gare routière, trône désormais en face de la cathédrale, au cœur du centre historique. Les résultats de cette décision ne se sont pas faits attendre : le nombre de visiteurs a été multiplié par six. Et cette évolution ne se limite pas aux villes auvergnates : en cinq ans, dans le seul département du Cantal, le nombre de gîtes ruraux est passé de 918 à 1 004. Et la part des gîtes trois épis, elle aussi, a connu une progression remarquable,passant de 35 % à 47 %. Bien sûr, tous ces exemples encourageants sont regardés à la loupe par les professionnels. Mais les chiffres ne disent pas tout. Car, selon le directeur de Chamina, « pour trouver sa place dans le développement touristique, l’Auvergne ne doit pas chercher à jouer dans la cour des grands en copiant les autres. N’ayons pas le regard rivé sur des statistiques, mais posons des jalons pour l’avenir. Pour cela, il faut apprendre à travailler ensemble, dépasser les clivages politiques et culturels. Et, surtout, il faut avoir envie d’accueillir l’autre, de connaître et de faire partager son pays ».
Revitalisation fiscale
Selon la loi Demessine, un investisseur qui acquiert un logement neuf dans une résidence de tourisme située dans une zone de revitalisation rurale devra louer ce logement pendant neuf ans, par un bail commercial, à l’exploitant de la résidence de tourisme. En contrepartie de ces obligations,le fisc lui permet de récupérer la TVA qui a grevé le prix de l’acquisition et de déduire de ses revenus fonciers l’ensemble des charges. En résumé,un cadeau fiscal qui couvre un quart du montant de l’investissement.
Des chiffres parlants
L’Auvergne compte 630 000 lits touristiques, dont 21 600 emplacements de camping, un peu plus de 7 000 meublés, 69 villages de vacances, plus de 90 000 résidences secondaires, 717 hôtels classés. (sources : Spot Auvergne et Insee)
8, 2005
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