Dossier
Train “express” régional
L'Auvergne roule au ralenti
Les rondeurs du relief n’expliquent pas tout… Les voies ferroviaires auvergnates souffrent d’un déficit chronique d’entretien. Notre région concentre 10 % des ralentissements en France dus au mauvais suivi technique des lignes par l’État.
10h52 : le TER venant de Montluçon arrive en gare de Lapeyrouse, avant de s’aventurer dans les Combrailles. Sur le quai, la seule personne s’apprêtant à monter avec nous soupire :« Ah, aujourd’hui, on a de la chance.». En ligne de mire apparaît un X 73500, un train visiblement trop peu fréquent sur ce trajet. Mais il a beau être confortable, il n’est pas plein pour autant.
40 Km/h, pas plus
Un coup de sifflet, et nous voilà partis vers Saint-Éloy-les-Mines. Juste après la petite gare de La Bouble, changement de rythme : le conducteur a à portée de main sa feuille de route, qui détermine les vitesses limites. Et après La Bouble, la feuille est catégorique :c ’est 40 km/h, pas plus. Ce train-train s’impose durant 23 km, conséquence immédiate du principe de précaution qui prévaut compte tenu de l’état de la voie. Passé Gouttières et deux passagers en plus, le TER semble entrer dans des cours de ferme où l’on a fraîchement “écarté le linge”. Voici les paysages typiquement vallonnés des Combrailles. « On voit souvent des chevreuils et des sangliers par ici », commente le conducteur. Le risque de collision avec eux reste cependant faible : « Ils nous voient arriver de loin, s’amuse notre chauffeur.On pourrait se faire doubler par un vol de perdrix. »
11h30 : Saint-Gervais-d’Auvergne. Le quai est désespérément désert. Indiscutablement, la faible fréquentation de la ligne n’a guère motivé l’État à entretenir la voie. Le conducteur pointe les rails droit devant lui : « Regardez, on voit bien qu’ils ne sont pas parallèles. » En effet, le bercement devient nettement plus prononcé. « Et encore, à cette vitesse, on ne sent pratiquement rien », nous rassure-t-il.
Notre TER s’engage maintenant sur le viaduc des Fades. L’ouvrage signe aussi la fin de notre calvaire. Un coup d’accélérateur vient marquer celle du ralentissement. Pas de quoi vous scotcher au siège : le X 73500, qui peut atteindre les 140 km/h, affiche désormais 50 au compteur.Cette fois, c’est la géographie des lieux qui en est la cause. Un monsieur très comme il faut vient à notre rencontre : « Vous voyez, on a un beau train, mais on allait plus vite avec la vapeur ! » Également à bord, Camille Chanséaume, le maire de Saint-Georges-de-Mons, fait partie de ces élus locaux ferraillant pour préserver cette ligne. À la suite d’un audit indépendant réalisé pour le compte de la SNCF et de RFF, le gouvernement s’est engagé à résorber 80 % de ces ralentissements d’ici 2006. Dans les Combrailles, l’annonce n’est pas passée inaperçue. Beaucoup ne comprendraient pas que des lignes aussi vitales pour l’aménagement du territoire soient tenues à l’écart de cet effort national.
15, 2006
L'Auvergne à 40 Km/h
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