De Saint-Flour à Mauriac…
La croisade de la mobilité
La mise en place de tarifs sociaux a été applaudie par les associations de chômeurs. Mais, sur le terrain, on constate que le combat en faveur de la mobilité ne fait que commencer. Exemple dans le Cantal, où la rudesse de la géographie reste un sérieux frein à l'insertion et où la mobilité est parfois vécue comme un exil.
Au nord-ouest du Cantal, la Permanence d'accueil,d'information et d'orientation (PAIO) de Mauriac s’échine à suivre ses 350 à 400 jeunes par an. « Nous avons de plus en plus de jeunes en grande, très grande difficulté, explique la responsable Maryse Galvaing, qui multiplie les permanences décentralisées à Riom-ès-Montagne, à Ydes ou à Champs. C’est là qu’a lieu le premier contact. Mais, ensuite, dès qu’on leur demande devenir à Mauriac, c’est la Berezina. »
Ter et système D
Pas de permis de conduire, pas de voiture et des TER réduits à leur plus simple expression – un axe Bort-les-Orgues/Mauriac/Aurillac –, le moindre déplacement prend vite des allures de casse-tête : « Heureusement, il y a le système D, le covoiturage, le stop ou les transports scolaires si le chauffeur est d’accord. Pour rencontrer les jeunes, on s’arrange grâce aux permanences décentralisées, mais les organismes de formation,eux, ne sont qu’à Mauriac. L’ANPE fait des visio-conférences à Riom-ès-Montagne et à Ydes, et il y a pas mal de choses qui se règlent par téléphone.On fait de l’artisanat, mais on trouve toujours une solution, avec le fonds d’aide aux jeunes ou l’aideau logement : on a rarement vu un jeune refuser une formation parce qu’il ne pouvait pas se déplacer. » Dans cette région rurale, Maryse Galvaing salue donc l’arrivée de la tarification sociale des TER, mais n’attend pas de miracles : « Ces billets à tarifs réduits, c’est bien, mais ça ne va aider qu’une petite minorité de jeunes qui sont sur l’axe Bort-les-Orgues/Aurillac. Ici, le transport en commun cumule trop d’obstacles. Il n’y a pas assez de dessertes, les horaires ne sont pas pratiques. Le principal frein à la mobilité, c’est le permis de conduire, qui coûte de plus en plus cher. Nous menons une étude avec le centre médico-social de Mauriac sur ces questions de mobilité pour trouver d’autres solutions, comme un système de transports à la demande.»
Plus à l’est, l’arrondissement de Saint-Flour est confronté à d’autres difficultés : « La spécificité de l’arrondissement, c’est sa géographie, une succession de montagnes et de vallées avec le Lioran qui fait une vraie barrière, analyse Jean-Luc Boyer, conseiller chargé des projets emploi à l’ANPE de Saint-Flour Les gens ne sont pas ou peu mobiles : soit ils recherchent un travail sur leur microterritoire, soit ils s’expatrient carrément, vers Clermont-Ferrand ou Montpellier. Ils sont attachés à leur lieu, à leur qualité de vie, alors, ils essaient de rester. »
La mobilité vécue comme un exil
Du coup, l’ANPE compose avec cette immobilité psychologique : « On travaille sur la pluriactivité afin d’améliorer les revenus. » Et pour les demandeurs d’emploi en quête d’ailleurs, des aides financières existent : aide à l’entretien d’embauche, à la double résidence, au déménagement… À la mission locale de l’arrondissement d’Aurillac, la directrice adjointe, Fatima Gannaz,s uit environ 2000 jeunes par an : « La mobilité, c’est une problématique culturelle, explique-t-elle. Beaucoup de jeunes sont enclavés, mais ils sont attachés à leur territoire et n’ont pas envie de partir ailleurs. Ils vivent cela comme un exil. Il y a souvent tout un travail à faire avec eux pour les motiver, avant même de commencer les actions de formation.La plupart ne sont jamais partis de chez eux.». Cette volonté de rester au pays est d’ailleurs aussi affective que pragmatique : « C’est souvent lié au manque de moyens financiers. Il y a bien le fonds d’aide aux jeunes, mais on ne peut pas le solliciter en permanence : on ne peut pas dépasser 460 euros par trimestre et par personne.». Comme sa collègue de Mauriac, elle constate que « les jeunes utilisent peu le train pour leurs déplacements. Ils viennent surtout nous voir pour obtenir une aide au permis de conduire, qui est exigé par les employeurs ». Une attente qui ne laisse pas indifférents les élus régionaux : en décembre 2004, ils ont voté la suppression de la taxe régionale sur les permis de conduire. Soit un effort de 22,8 € par permis qui, chaque année, rapportait quelque 500 000 € à la Région.
31, 2005
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La tarification sociale n'est qu'une étape. Pour Maryse Galvaing, responsable de la PAIO de Mauriac, les TER se heurtent encore à des obstacles importants : trop peu de dessertes et des horaires pas toujours adaptés.
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